Tensions de trésorerie

 

La conjoncture se sent à plein nez dans les PME

 

Plusieurs de ces petites entreprises n’arrivent plus à honorer leurs engagements  notamment le paiement  des salaires à temps.

 

 

Face à la conjoncture économique morose du pays, caractérisée par une baisse des recettes publiques et des tensions de trésorerie, les PME/PMI camerounaises n’arrivent plus à joindre les deux bouts.  Pourtant considérées comme les véritables vecteurs de la création d’emplois et de la richesse. Citons l'exemple de ce  technicien qui,  bien que  réparant une quantité importante de téléviseurs chaque semaine, n’arrive plus à honorer ses engagements. Dans son atelier, situé à un vol  d’oiseau de l’aéroport international de Douala, les postes de télévision sont entassés les uns sur les autres. En cause, les appareils  réparés qui ne sont retirés à temps par leurs propriétaires. «  Les clients disent qu’ils n’ont pas encore de l’argent pour venir les retirer ; je ne peux non plus les vendre à partir d'un certain délai », se désole Guy Bertrand T.

 Les tensions de trésorerie concernent également les très Petites entreprises. Par exemple, l'une d'entre elles, en mauvaise posture, a vu ses recettes mensuelles passées de 100 000 à 60 000 FCFA à cause  des étudiants partis en vacances et surtout du fait  de la conjoncture économique que traverse le Cameroun. «  Mon business se trouve au quartier Ange-Raphael, le carrefour de l’université de Douala. Du coup, lorsque les étudiants ne sont pas là, mes activités pâtissent », justifie Huguette  N.,  la tenancière. Spécialisée dans les prestations de service et la vente de licence, une structure basée à Yaoundé  connait le même sort. A preuve,  elle  n’a pas versé les salaires de ses employés le mois dernier.  Une situation qui, d’après  les confidences d’un employé sous couvert anonymat, est liée aux factures impayées des gros clients.

Rebecca travaille chez un fournisseur d'accès à Internet (FAI)  de renom depuis plusieurs années.  Elle, tout  comme ses  collègues, n’ont pas encore reçu leur rémunération du mois de juin.  Mais il est fort probable que « le paiement intervienne lundi prochain ». Le non-versement des salaires est dû à « un manque de liquidité », selon une source ajoutant que «  Nos salaires étaient payés au plus tard le 05 de chaque mois, maintenant  il faut attendre au moins le 22. S’il est vrai que la situation est difficile, je pense que certains DG en profitent pour abuser car malgré la conjoncture on fait des entrées non négligeables », affirme Rebecca.

A la peine, une  fabrique de caramels de cacao au miel tire le diable par la queue en raison  de la chute vertigineuse de ses ventes. Selon son promoteur, « Doulous », savon de toilette confectionné à base de plusieurs ingrédients naturels et sans additifs ne se vend plus comme autrefois. La clientèle se fait rare et les personnes qui viennent veulent acheter à crédit. Et  cela s’ajoute à la mauvaise gestion  des ressources financières et du personnel. Pour que son activité retrouve un niveau normatif, « on a développé des stratégies et une gestion minutieuse », relève Jean Aime Wokhui, le patron. Réfléchir. C’est aussi ce qu’a fait Martial Gervais Oden Bella,  l’administrateur-délégué  de GIC Bellomar pour que son  entreprise ne soit pas frappée de plein fouet par la crise. Lui qui a vu les bénéfices de la commercialisation  des détergents en poudre passer du double au simple. Il  a dû par exemple revoir sa stratégie marketing, s'adapter aux difficultés actuelles pour que son chiffre d’affaire ne s’effrite pas.

 Christian Happi

Contraintes

 

Des entreprises frappées de plein fouet par la crise

 

La conjoncture économique morose du pays s'est abattue sur les grandes entreprises qui ont vu leurs activités passées du vert au rouge. Plusieurs, quelle que soit leur taille, peinent à  respecter leurs promesses. Les commandes se font rares tout comme les clients.   C’est notamment le cas de la Bourse de sous-traitance et de partenariat du Cameroun dont le personnel a connu  une longue traversée du désert.  D’ailleurs ce n’est que tout récemment que les employés  ont commencé à percevoir leurs salaires après plusieurs mois d’interruption. Dans la même situation, une société camerounaise spécialisée dans  les activités en mer a opté depuis des mois, à verser les salaires en deux fois. « Chez nous, les périodes de pluie sont les moments de vaches maigre ; la plupart de nos travaux se sont en offshore et lorsqu'il pleut le personnel ne part pas en mer parce que la marée est très haute. C’est  d’ailleurs pourquoi nous voulons actuellement faire dans la conception des tenue de travail », essaye de justifier une employée. « Si  tu as par exemple un salaire de 200 000 FCFA  et qu’au lieu de le donner en intégralité, on te donne 150  000. Je pense qu’il faut comprendre par rapport à la situation ».

 Dans la même posture, une société locale du lait fermenté, du fait de la conjoncture économique qui n'est pas favorable, passent des moments difficiles. Non seulement elle rencontre des difficultés notamment la concurrence, elle fait aussi face à aux arriérés de salaires nous confie une source anonyme. Même si, tout le top management est à pied d'œuvre pour que la situation s’améliore,  les activités  de cette société qui a pignon sur rue sont ralentis et certains employés songent à aller voir si l’herbe est verte ailleurs. En raison du faible pouvoir d’achat des Camerounais du fait de la conjoncture économique,  les résultats nets de la Société  brassicole ont baissé de plus de 23 milliards de FCFA  en 5 ans. Le résultat de l’exercice 2012 était de 36 milliards de FCFA, celui de l’exercice 2013 de 27 milliards de FCFA et celui de 2014 de 25 milliards de FCFA. Ce mauvais bulletin de santé n’est pas inhérent  à la société suscitée car plusieurs autres sont dans la même situation.

 C.H

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