Commerce

 

La Dévaluation du naira entraine l’invasion des produits nigérians au Cameroun

 

Le déficit commercial devrait  davantage se creuser dans les années à venir si rien n’est fait pour stopper l’invasion.

 

Aujourd’hui le Nigeria représente le deuxième fournisseur du Cameroun en termes d’importations. Ce statut s’est renforcé depuis le 20 juin 2016 avec l’entrée en vigueur la dévaluation du naira, la monnaie nigériane (1 dollar vaut 314 nairas) sous la pression de la communauté des gros investisseurs et autres institutions internationales.  Ajouté au manque de sécurité adéquate à la frontière longue d’environ 1500 Km  que partage  les ces deux pays. Le déficit commercial devrait  davantage se creuser dans les années à venir si rien n’est fait pour stopper l’invasion. En effet,  de plus en plus de produits alimentaires et non alimentaires nigérians se retrouvent sur le marché local : Nourriture pour bébé, détergents, lait, huile, thé ou café, pièces détachées pour véhicules, etc. Il y a aussi des produits lactés (Nestlé Milo), de l'eau, de la bière, des sodas  et autres boissons (power Malt, hyper malt..), importées du Nigeria.

La situation est encore plus lamentable  dans le rayon des sandales à lanière à base de caoutchouc. Que ce soit au marché  Madagascar, ou Central, ces babouches couramment appelées sandalettes confisquent les étals vu qu’aucune entreprise camerounaise ne les fabrique. Idem pour les commerçants d’appareils électroniques, de produits de beauté, des détergents et les oranges importées du Nigeria, qui inondent le marché camerounais. D’après les vendeurs, ce sont des tonnes d’oranges nigérianes qui sont vendues chaque jour sur le marché camerounais.  Marc N., grossiste, affirme qu’il écoule en moyenne près de 200 sacs de 100Kg d’oranges chaque jour. Même si ces agrumes sont moins bien que ceux cultiver au Cameroun,  la clientèle les aime pour leur prix. « Les oranges qu’on vend maintenant  sur le marché ne sont pas de bonne qualité ; il est facile d’acheter  un tas de 500 FCFA, et ne pas en extraire un verre de jus  », fulmine un consommateur.

Le drame c'est quand  le consommateur boude les marques fabriquées au Cameroun, au profit du « made in Nigeria ».   Par exemple, les 500 grammes de spaghettis ou macaroni  qui coûtent 250 FCFA, moitié moins cher que ceux proposés par les producteurs camerounais.  Avec le savon en poudre, qui se vend entre 125 à 150 FCFA le sachet de 200g dans certaines boutiques alors que les fabricants camerounais proposent le même grammage à 50 FCFA les 50 g, le choix est vite fait par le Camerounais modeste. «  Je  ne peux pas laisser ce  qui coûteux moyen cher pour aller vers ce qui vaut plus cher. Tout le monde veut faire des économies, même les riches », justifie une ménagère. 

 La prolifération du « made in Nigeria » a aussi des répercussions sur les grandes entreprises. Actuellement, c’est le cube « Maggi » en provenance du Nigeria qui est devenue la coqueluche des populations de Douala au détriment des produits par des entreprises locales.  Plus grave, lors des anniversaires de mariage, de baptême et autres occasions de réjouissance, le consommateur préfère les boissons venues du Nigeria parce qu’elles coûtent moins chères en raison de la dépréciation du coût de la monnaie nigériane. «La dévaluation du naira pourrait se traduire par l’accroissement des importations des produits nigérians par les pays voisins comme le Cameroun», expliquait au quotidien gouvernemental l’économiste Henri Ngoa Tabi, enseignant à la Faculté de sciences économiques et de gestion de l’Université de Yaoundé II-Soa.

 Christian Happi

Retour à l'accueil