Eau minérale

 

Semme Mineral Water prépare son retour sur le marché

 

Cette production, qui s’annonce pour les prochaines semaines,  va dans un premier temps débuter  par la commercialisation des bouteilles d’eau minérale de 0,5l et 1,5 l.

 

Après avoir passé plusieurs mois la tête sous l’eau, la société des eaux minérales du mont Etindé S.A., encore appelée Semme Mineral water,  annonce  son retour sur le marché dans les prochaines semaines.  Cette décision a été motivée  par la demande du marché et surtout les pouvoirs publics  qui promettent un appui financier. Cette aide ne permettra pas d’atteindre directement  la capacité d’autrefois (10 000 bouteilles/h), mais  d’aller peut-être jusqu’à 60% de  la production afin de satisfaire la demande locale.

 

Semme Mineral Water  va dans un premier temps, commercialiser les bouteilles de 0,5l et 1,5 l dont les prix seront fixés après étude du marché. «  Nous ne faisons pas de dumping car c’est un manque à gagner pour l’État. Je pense qu’on devrait plutôt fixer la mercuriale de l’eau minérale pour qu’il  ait un équilibre de prix sur le marché. Imaginez  par exemple, la part de TVA que l’État perd quand on fixe  un pack d’eau à 1200 FCFA au lieu de 1500 FCFA », explique Seme Noungon, Directeur général de Semme Mineral water et par ailleurs son promoteur.

 Entrée principale de l'entreprise Seme Mineral Water à Limbé( crédit photo: Christian Happi)

Entrée principale de l'entreprise Seme Mineral Water à Limbé( crédit photo: Christian Happi)

En attendant que le rêve se concrétise, tout se prépare minutieusement dans les coulisses. A l’unité de production,  construite sur une superficie de  5 000 m2 sur la route d’Idenau-Bakinili à Limbé, les travaux de remise à niveau de l’outil de production ont commencé.   Il est  un peu plus de 10h ce lundi 10 juillet 2017. Pas l’ombre d’un employé à l’entrée principale de l’usine mais  à l’intérieur,  l’on travaille d’arrache-pied.

On aperçoit  le Directeur d’usine, la comptable  et deux autres personnes. La fine pluie du matin ne les a pas empêchées  de venir  comme chaque jour  servir d’interlocuteur aux potentiels visiteurs et assurer, à l’occasion,  la maintenance des machines. On entend au loin des bruits. Ce sont celles  de l’automate  SBO2 qui  permet de produire 2000 bouteilles/ h. Elle doit,  selon Charles Henri Maboa Bebe, Directeur d’usine, resté allumer tous les jours pour ne pas perdre son programme. «  L’usine  consomme un million de frais d’électricité par mois sans être fonctionnelle », confie-t-il. A côté, se trouve également  d’autres machines encore en bon état : synergie 2/4  et SBO4 qui produit chacune 4 000 bouteilles/h. Dans les bureaux administratifs, les meubles, ordinateurs et archives sont recouverts de poussière. Une forte odeur de moisissures empeste les narines.

 

Ces dernières années,  le fabricant d’eau minérale embouteillée a été confronté à plusieurs difficultés.  La première fois c’était en 2009 lorsqu’une partie des installations ont été détruites, contraignant  les actionnaires à recapitaliser l’entreprise. « Nous avons assigné  l’entreprise qu’on appelait à l’époque AES dans la ville de Buéa ; malheureusement nous sommes aujourd’hui  à plus de 60 renvois sans qu’aucune décision ne soit prise », révèle le DG de Semme Mineral Water.

 

 En 2013, alors que la production de l’eau minérale avait repris, Semme Mineral water a subi une destruction de son outil de production à cause de la surtension. Ensuite, il y a eu la crise anglophone qui a amené une partie du personnel à grève en raison du retard des salaires. « Nous nous sommes battus pour reprendre notre activité mais nous tournions à 20% de notre capacité de production ce qui est difficile de faire face à l’ensemble des charges », confie Seme Noungon.

 Christian Happi

Seme Noungon

 

« On a  subi une destruction massive de nos installations »

 

Directeur général de Semme Mineral water donne les raisons de son absence sur le marché, tout tenant Eneo pour responsable.

 Le P-dg  de Seme Mineral water, (crédit photo: Christian Happi)

Le P-dg de Seme Mineral water, (crédit photo: Christian Happi)

Pourquoi AES/Sonel rebaptisée aujourd’hui Eneo Cameroon  est selon vous, responsable de l’incendie qui a endommagé votre outil de production ?

 

 

 Eneo a une obligation de conseil lorsqu’un client s’adresse à elle ; c’est le seul fournisseur de l’énergie électrique au Cameroun. En 2013, on a  subi une destruction massive de nos installations après avoir attiré l’attention d’Eneo sur les installations électriques qui n’avaient pas  subi l’entretien habituel. Tous les rapports d’expertises contradictoires rendent Eneo responsable des dégâts que nous avons subis. Nous  l’avons  approchée pour un arrangement à l’amiable ; nous avons même demandé qu’on aille  au centre d’arbitrage du  Gicam    pour arriver à une solution rapide. Malheureusement, jusqu’aujourd’hui, on n’a pas reçu de réponse formelle. On espère qu’Eneo va revenir à de bons sentiments.

 

Que furent les conséquences de ces incendies sur votre usine ?

 

L’ensemble des dégâts se chiffrent à 1 milliard de FCFA. Les automates ont été touchés de plein fouet.  Sans ignorer que lorsqu’une unité de production s’arrête de fonctionner, pour la remettre en marche, il faut des travaux de réhabilitation.

 

Comment se portait l’entreprise avant les deux catastrophes qui l’ont handicapée ?

 

 On était à 2,4 milliards de chiffre d’affaires avant l’arrêt de la production. Mais nous avons démarré nos activités en 2005 d’abord avec un chiffre d’affaires de 300 millions ; ensuite 600 millions, etc. On était  deuxième en termes de part de marché ; Semme Mineral Water exportait dans la sous région notamment en RCA, Tchad, Guinée Equatoriale. Je mets quiconque au défi ; notre eau est la seule qui ne subit aucun traitement. Juste de simples filtrations. On a un débit très important qui peut nous permettre de répondre à n’importe quelle demande sans problème.

 

Quel regard  portez-vous sur le marché de l’eau minérale embouteillée de façon globale ?

 

La population camerounaise est évaluée aujourd’hui à 22 millions pendant que la quantité d’eau produite  ne permet pas de répondre à la demande du marché. Douala a résorbé partiellement  le  déficit depuis qu’on a pris l’eau dans le Moungo pour renforcer  sa capacité.  Mais la croissance démographique fait que  l’Etat n’a pas pu  mettre les moyens qu’il faut pour régler ce problème. Du coup, l’eau minérale embouteillée constitue une alternative dans certaines zones du pays pour limiter les maladies diarrhéiques.  La demande ne fait que croître. La population mondiale va doubler d’ici 2050 cependant la quantité d’eau restera la même ; l’Etat se doit donc  mettre tout en œuvre pour préserver cette denrée rare.

 Propos recueillis par C.H.

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