Énergies renouvelables

Ces multiples options qu’explore le Cameroun

 

À l’exemple de la construction d’une centrale éolienne à Bamboutos et de la création d’une Agence de développement des énergies renouvelables, les pouvoirs publics    explorent plusieurs pistes en vue d’atteindre un taux de 100 % d'électrification.

 

2ème potentiel hydro-électrique en Afrique subsaharienne derrière la RD Congo, le Cameroun mise sur le développement de ses énergies renouvelables(EnR) pour  combler  le déficit énergétique (le taux d'électrification est de près de 54 %). Pour cette raison, les pouvoirs publics   explorent depuis nombre d’années déjà plusieurs pistes en vue d’atteindre un taux de 100 % d'électrification. A commencer par  la création d’une Agence de développement des EnR en gestation et les primes accordées aux entreprises qui investissent dans ces sources d’énergies.  La première société à bénéficier de  cette gratification est Flatbush Solar, basée aux États-Unis qui avait partagé environ 2,5 milliards de FCFA avec la société Quaint Solar Energy,  pour avoir présenté en 2015, un projet de construction d’une centrale solaire photovoltaïque d’une capacité de production de 20 MW au Cameroun.

Même si, pour Théodore Nsangou, le DG d’Electricity Development Corporation (EDC), «nous avons beaucoup de projets en gestation, que ce soit dans le solaire ou dans la biomasse. Aucun projet en éolien, car le rendement est trop mauvais», le gouvernement camerounais  projette  la construction d’une centrale éolienne de 500 MW sur les Monts Bamboutos de 42 mégawatts extensibles à 80 mégawatts pour un coût d’environ 60 milliards de FCFA.

Le projet, qui devrait en principe démarrer en février 2016 selon Arsène Bilounga, DG de Paluxi Energy Cameroun, prévoit l’implantation d’une série de parcs de 100 MW chacun entre Kribi et Douala.  Mise à part  la construction d’une centrale éolienne, le Cameroun  qui n’exploite qu’à peine 1% de son potentiel dans les EnR réfléchit à la mise en place d’une stratégie de développement de ces sources d'énergies dans le pays. La preuve en est qu’en 2015, les gouvernements camerounais et coréen ont fait ’une tournée de prospection dans les régions du Centre, de l’Est, du Littoral, du Sud-ouest et de l’Ouest,  afin d’identifier des sites capables d’abriter des projets de construction de mini-centrales hydro-électriques, de développement de l’énergie solaire, éolienne et la biomasse.

Dans la même veine,  le ministère camerounais de l’Énergie et de l’eau   lançait il y a trois ans,  un appel à manifestation d’intérêt  pour le recrutement d’un consultant devant réaliser l’étude pour la prospection et l’élaboration d’une carte des énergies renouvelables en fonction de la nature et des gisements. Cette étude, écrivait Basile Atangana Kouna, devait permettre « d’avoir une base de données géo-référencées et d’un outil de programmation des constructions d’ouvrages d’énergies renouvelables au regard des spécificités de chaque région du Cameroun».

 

Au regard de ces projets à la pelle, Lim Jae-Hoon alors Ambassadeur de Corée au Cameroun, signe en 2015 avec le gouvernement camerounais, une convention de don d’un montant total de 2 milliards de FCFA, pour la formation des experts camerounais dans le domaine des énergies renouvelables et la sécurisation des communications électroniques.   La même année, il est imité  par la Banque africaine de développement (BAD) a annoncé avoir approuvé un financement de 38,5 millions de FCFA sur le Fonds des énergies durables pour l’Afrique. Lequel  décide de soutenir le premier projet de production indépendante d’énergie (IPP en anglais) dans le solaire au Cameroun qui  vise à réaliser les études de faisabilité d’un projet de construction d’une centrale solaire de 72 MW sur le territoire.

Christian  Happi

 

Potentiel

 

Le  pays dispose d’une mine en énergies renouvelables

 

La moyenne théorique nationale de productible électrique est de 2327,5 TWh, souligne l’ONG Global village Cameroon dans une étude menée en 2012.

 

« Les énergies renouvelables(EnR) sont recommandées surtout  parce qu’elles préservent  l’environnement et puis  se retrouvent  dans toutes les régions du pays, qu’il y ait un réseau de  distribution d’électricité publique ou pas.  On peut à travers les énergies renouvelables, alimenter en électricité les localités les plus retirées ». Ainsi s’exprimait  l’expert en EnR Eteil Betet, lorsqu’on lui demande pourquoi  le gouvernement camerounais doit investir dans les EnR alors qu’elles coûtent chères. En effet, l’importance des énergies renouvelables pour un pays comme le Cameroun n’est pas à démentir. Non seulement il  doit combler  progressivement le déficit estimé entre 500 et 650 MW mais aussi, exploiter son gigantesque potentiel en termes d’énergies renouvelables.

 

Une enquête minutieusement menée en 2012 par l’ONG Global village Cameroon(GVC) révélait que l’énergie solaire reçue dans le pays est estimée à 89,25 TWh/an et  exploitable sous deux formes : thermique et photovoltaïque. Même constat pour l’énergie solaire photovoltaïque, qui connaît un développement intense au Cameroun depuis quelques années. La moyenne théorique nationale de productible électrique est de 2327,5 TWh, soit environ 20 fois le potentiel hydroélectrique qui se trouve autour de 19,7 TWh, souligne GVC. S’agissant de l’énergie éolienne, son potentiel reste faible pour la production d’électricité au Cameroun. Cependant, les régions du Nord et de l’Extrême-nord se présentent comme de potentielles zones de production d’électricité pour l’exploitation de ce type d’énergie avec une vitesse moyenne des vents évaluée à plus de 2m/s. De même que les zones de Kaélé et Kousseri (Extrême-nord) qui regorgent d’importants réservoirs de production avec une vitesse de vents estimée entre 2,53 m/s et 4,2 m/s,  nous renseigne l’ONG, la meilleure valorisation de l’énergie éolienne est faite par « son utilisation comme moyen d’exhaure de l’eau, en couplant une éolienne à une pompe à eau pour l’actionner ».

Malgré les importantes ressources en EnR dont dispose le Cameroun, seule une infirme partie de ce potentiel est exploitée jusqu’ici. Le ministre de l’Eau et de l’énergie, Basile Atangana Kouna parle de   moins d’1% exploité à ce jour. « Le gouvernement camerounais gagnerait à vulgariser les énergies renouvelables. A l’instar de la loi des finances 2012 qui annule la TVA sur tous les produits solaires», conseille Serge Henri Kelbe l’ingénieur spécialiste des énergies renouvelables.

 C.H

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