Climat des affaires

 

Des réformes à l’épreuve des obstacles

 

 Le gouvernement camerounais, dans l’optique d’attirer des investissements étrangers, a entrepris divers changements dont certains se heurtent  aux mauvaises habitudes.

 

Les autorités camerounaises, soucieuses d’assainir l’environnement des affaires, ont  mis sur pied  ces dernières années plusieurs reformes. Cependant dans la pratique,  quelques-uns de ces changements ont du mal à passer parmi les différentes parties prenantes.  Au Port autonome de Douala(PAD)  par exemple,  la dématérialisation de la facturation qui devrait  en principe permettre de réduire de manière considérable les délais de passage de marchandises  se heurte  à un problème de coordination entre le bureau de 1ère ligne au Guichet unique des opérations du commerce extérieur (GUCE) et les douaniers du PAD.

 

Du coup,  un dossier de dédouanement  validé par le Guce peut être rejeté à la douane.  Les acteurs de la place portuaire dénoncent  aussi l’épineux problème  de la connexion internet qui  freine le processus des opérations et rallonge les délais de passage. «  Vous pouvez payer votre  vos frais de douane et attendre la quittance toute une journée à cause de la connexion internet. Il faut aussi dire que  les clients jugent trop élevé le coût de dédouanement  et préfèrent passer par le Congo ou le Benin avec leurs marchandises », déplore un déclarant en douane avant de souligner l’ouverture tardive  des bureaux et l’existence  de près d’une vingtaine de poste de contrôle au Parc auto Socomar (Société camerounaise d'opérations maritimes) qui  font pratiquement la même chose. «  Je salue la nouvelle procédure de visite des marchandises conteneurisées ;  avant on pouvait entrer au PAD à 10h et n’en ressortir qu’à 22h or maintenant tout est fini à 18h. Mais nous regrettons le fait que l’accès au point de facturation soit interdit aux importateurs. C’est une façon de les obliger à passer par un transitaire pour  faire suivre leurs marchandises  », reconnait un agent des douanes.

Dans le domaine des marchés publics,   certaines  réformes ont été également  été implémentées avec un point d’honneur sur les pouvoirs du ministère des Marchés publics(Minmap) qui est la plaque tournante du système. Mais seulement dans les faits,   les chefs d’entreprises  redoutent de ce département ministériel qui pour eux,  est source de corruption à cause de la multiplicité des intervenants dans le processus de réception des marchés publique. « Cela est très gênant pour les opérateurs économiques. A cela, il faut ajouter le processus de lancement des appels d’offre qui est bien plus long et  le retard dans  son lancement. Il faut quand même noter que les DAO Dossier d’Appel d’Offres sont mieux élaborés », révèle un opérateur économique sous le couvert de l’anonymat.  Bien  que ces réformes fussent nécessaires,  les patrons d’entreprises  sont   beaucoup plus satisfaits par l’Agence de Régulation des Marchés publiques qui assume bien son rôle de régulateur et d’arbitre que le Minmap. «  Il faut purement et simplement supprimer le MINMAP à défaut recadrer son rôle. La présence des agents du Minmap sur les sites avant et pendant la réception des ouvrages, entraine tout genre de caprices et de chantages et parfois même d’abus de pouvoir »,  critique le promoteur d’une entreprise évoluant dans les énergies solaires.

 

Véritable plaie ouverte, surtout pour les  PMI/PMI, le délai de paiement des factures des prestataires  qui était  fixé  à  60 jours  par l’État  a du mal  à être respecté.  Et  le premier à enfreindre cette disposition  sont les ministères  qui règlent leurs créanciers au-delà de cette échéance. Ce qui a failli détruire  une 

PME spécialisée dans la fabrication de l’eau de javel dont  les factures non réglées  ont entrainé de grosses incidences sur le fonctionnement  notamment des arriérés de salaires du personnel. «  Je souhaite que l’Etat ramène ce délai à 30 jours parce que les entrepreneurs s’endettent  à hauteur de  15 %  de taux d’intérêt auprès des micro-finances et 20% auprès des usuriers.  Des intérêts qui augmentent au fur et à mesure à l’’échéance », affirme Martial O., jeune entrepreneur.

 

Christian Happi

Ces mesures  attendues

 

Diverses reformes doivent être impérativement être entreprises si l’on veut atteindre l’émergence à l’horizon 2035.

 

Création des tribunaux commerciaux,  refonte du système judiciaire,  permis de bâtir,  paiement des impôts,   relecture du code du travail, etc. Telles sont les autres  mesures que le Cameroun doit entreprendre s’il veut véritablement assainir son environnement des affaires.  Surtout que, cela fait déjà quatre longues années, que le code du travail devait en principe être soumis à une relecture. En 2014, les syndicalistes, les travailleurs, ont attendu que le ministre du Travail et de la sécurité sociale, Grégoire Owona, présente au cours de la session ordinaire de l’Assemblée nationale au mois de décembre 2014, les différentes modifications qui doivent être apportées à ce code qui date de 24 ans. A ces réformes s’ajoutent  suggestions émises par le Groupement inter-patronal du Cameroun dans  l’ouvrage intitulé « 100 propositions du Gicam pour l'Emergence du Cameroun ». Il s’agit, de façon ramassé, de l’accroissement substantiel des investissements dans l’agriculture «identifiée par tous comme niche de croissance par excellence et d’emplois au Cameroun», le développement des secteurs de la pêche, de la pisciculture et de l’élevage dont «on ne saurait se satisfaire du peu de résultats qui résultent de l’attention assez mitigée qui y est porté», et «un management de la sylviculture durable au Cameroun, sous-secteur dont l’importance se mesure aujourd’hui à sa seconde place comme source de recettes d’exportations du pays».

Dans le secteur secondaire,  les chefs d’entreprises  militent  l’avènement de véritables PME dans la transformation des produits agricoles, la rationalisation de la distribution de l’énergie électrique et la promotion du développement de grandes entreprises du BTP avec les entreprises nationales au premier plan, la maîtrise du déploiement du secteur informel et la codification de ses interrelations avec le secteur structuré… « Il n’existe aucune solution miracle. Il nous appartient de mobiliser nos énergies pour regarder dans la même direction et faire les réformes nécessaires qui, pour la plupart sont connues. Les recettes qui ont fait leur preuve ailleurs devraient nous être utiles »,  analysait récemment Vincent Koueté, l’Economiste en chef du Gicam dans les colonnes du journal Le Quotidien de l'Economie.

S’agissant du tertiaire, les opérateurs économiques prônent la levée de tous les obstacles qui bloquent l’accès au crédit et au foncier ; le développement des infrastructures routières, ferroviaires, aéroportuaires et portuaires ; l’éradication des imperfections du système judiciaire, la lutte contre la corruption et l’amélioration des systèmes de régulation.

 C.H.

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