Voitures d’occasion

 

Pourquoi les importations ne cessent d’augmenter

 

  D’après les  experts, la forte importation des voitures de seconde main traduit le faible pouvoir d’achat des Camerounais surtout que  les véhicules d’occasion sont toujours moins onéreux que les neufs.

 

Au Cameroun,  il se vend plus de véhicules d’occasion que de neufs. Une  fâcheuse tendance qui n’est pas prête  de s’arrêter malgré l’abattement de 30%  imposés en 2011  par le gouvernement sur  les voitures neuves et âgées de moins de 7 ans. En effet en seulement neuf mois, c'est-à-dire entre janvier et septembre  de cette année, 45 000 voitures d’occasion ont été dédouanées au Port autonome de Douala, d’après les chiffres  communiqués par le  Guichet unique du commerce extérieur (GUCE). Que cachent ces chiffres? D’après les  experts de ce secteur d’activités, ce niveau d’importation traduit tout simplement le faible pouvoir d’achat des Camerounais,  les véhicules d’occasion étant toujours moins onéreux que les neufs. « Les Camerounais aiment les belles choses mais sont réalistes et n’achètent que ce qui est à leur portée. Le phénomène des voitures d’occasion n’a commencé que dans les années 90. Je suis optimiste, je pense que ça finira et qu’un jour  nous fabriquerons nos propres voitures », analyse un Expert automobile.

La hausse des importations des voitures de seconde main  est aussi  encouragée par  l’absence d’usines de fabrication  ou d’assemblage de véhicules «  made in Cameroon ». Reste à attendre  le démarrage  effectif  de la Cameroon automobile Industry Compagny (Caicc) en gestation dans la zone industrielle de Bonabéri et à Kribi. En fin 2017, la filiale camerounaise du groupe indo-chinois  mettra sur le marché entre autres des bus, des camions et véhicules légers, des pick-up.  Le coût de l’investissement  est de plus de 92 milliards de FCFA. « Pour le moment, le financement est assuré en equity par les actionnaires. Mais il y a un pool bancaire qui doit accompagner le financement à long terme, donc nous sommes en train de travailler sur les garanties et tous les éléments de sureté pour lever les premiers fonds »,  confiait Roger Djakam,  le représentant local de CAIC.

Ces  voitures,  communément  appelées « occasion Belgique », sont massivement achetées  du fait  de  la quasi-inexistence du crédit automobile. A part  deux ou trois banques notamment Société Générale Cameroun qui propose un  financement à 80% du prix d’achat TTC d’un véhicule à sa clientèle,  aucune autre établissement de crédits ne dispose de ce type de financement dans ses offres. Pourtant sa présence  aurait davantage dopé  la vente des voitures en état neuf.   De même que jugé trop élevé, le droit de douane imposé aux engins quatre-roues contraints certains importateurs à jeter leur dévolue sur  les  automobiles usagés. La valeur imposable  s’obtient en additionnant la valeur Argus au frêt, le tout multiplié par les taux de douanes (57,525% pour les véhicules de tourisme ; 46,05% pour les utilitaires ; 33,675% pour les véhicules lourds).

 

Cette préférence pour l’achat d’un véhicule ne sortant pas fraîchement des chaînes de montage, pourrait être enfin, la conséquence de la gourmandise des concessionnaires ou distributeurs. A titre d’exemple,  chez Jumia  Car,  une voiture de marque « Nissan Primera 2005 » coûte 4,7 millions de FCFA,  une Toyota Vitz 2008 noir 3,8 millions de FCFA, une Toyota Carina 1998 Bleue à 1,3 million... Des sommes qui ne sont pas toujours à la portée du Camerounais moyen qui souhaite acquérir une voiture à bas coût.

 Christian Happi

 

 Dr. Christian Kouam

« Ces voitures d’occasion augmentent les risques de cancer de la population »

L’Expert automobile certifié et agrée en Allemagne analyse le boum observé dans l’importation des véhicules neufs ces derniers mois au Cameroun.

 

 Comment analysez-vous le boum des voitures usagées au cours des neufs premiers mois de l’année ?

C’est un constat qui reflète le pouvoir d’achat des Camerounais qui sont à la recherche de solutions de mobilité moins chères, souvent au détriment de leur sécurité et toujours au détriment de la santé publique, car ces véhicules sont généralement du segment 3 ou 4 (de plus de 8 ans). Au niveau mondial, il faut dire que le Cameroun devient la poubelle des pays développés. Je dis le Cameroun parce que tous les autres pays Africains ont des restrictions sur l’âge des véhicules qu’ils importent -généralement moins de 6 ans-.

 Dr. Christian Kouam( crédit photo: PDG autohaus S.A.)

Dr. Christian Kouam( crédit photo: PDG autohaus S.A.)

Est-ce que cette situation peut être liée à la gourmandise des concessionnaires présents sur le sol camerounais ?

 Je ne peux pas parler pour les autres. En ce qui concerne Volkswagen, je peux vous dire que nous proposons des véhicules qui remplissent les normes européennes en termes de sécurité active et passive des passagers et des piétons. La robustesse des véhicules allemands est reconnue par tous. Nous proposons le meilleur rapport qualité-prix.

  L’importation des voitures de seconde main doit mettre en difficulté le concessionnaire automobile que vous êtes ?

 Non pas vraiment. C’est une autre cible, ceux qui prennent leur sécurité et celle de leur famille au sérieux savent que nous sommes là pour les servir. De plus,  nous avons beaucoup de modèles de financement pour aider notre clientèle à rouler en toute sécurité tout en consommant 30 % de moins.

Que peut faire le gouvernement pour inverser cette tendance  qu’ont les Camerounais à importer les voitures d’occasion ?

 Je souhaite que le gouvernement mette sur pied une politique de rajeunissement du parc automobile avec pour objectif d’améliorer la santé publique. Ces « congelés » sont toxiques et augmentent les risques de cancer de la population. Ensuite, en rajeunissant le parc automobile, on va considérablement réduire les accidents de la route. Le gouvernement en réduisant ou en éliminant par exemple la douane sur les petites voitures de moins de 1, 5 l de cylindrée peut considérablement inverser la situation. Cela permettra par exemple d’avoir une Volkswagen neuve à moins de 10 millions. Pour compenser cette perte des recettes de l’état, l’Etat peut augmenter la douane sur les grosses cylindrées. Ainsi cette proposition non seulement améliore l’image de nos villes, réduit la consommation d’essence et améliore la santé publique sans déséquilibrer les finances publiques. Je pense qu’avec un programme de financement adéquat, les chauffeurs de taxi vont également pouvoir changer leurs voitures et le problème qui se pose actuellement avec les CAN sera résolu. D’ailleurs, beaucoup de pays africains ont des politiques dans ce sens.

 Propos recueillis par C.H.

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