Energie électrique

 

Les entreprises migrent davantage vers le gaz industriel

 Les sociétés se sont tournées vers cette solution pour des raisons économiques, intégrant à la fois le prix d’achat du kWh résultant de l’utilisation du gaz naturel à la place de l’électricité vendue par le distributeur historique.

Pour plus d’autonomie, les entreprises camerounaises spécialisées dans la transformation, notamment Dangote Cement Cameroun S.A., New Foods, Société industrielle Camerounaise des Cacaos S.A. (Sic Cacaos), Guinness Cameroon, Chococam et Cicam  qui, jadis assuraient le fonctionnement de leurs unités de production par une alimentation électrique traditionnelle, se tournent de plus en plus vers  le gaz  industriel.  Pourtant, « il n’y a aucune différence entre l’énergie produite par  l’hydro électricité et celle produite par le Gaz ; c’est juste le mode de production de l’électricité qui diffère. A la fin, nous avons du 50 Hz et 230V ou 380Volts », souligne Serge Henri Kelbe,  Consultant en économie d’énergie et par ailleurs spécialiste des énergies renouvelables.

 Selon lui, les PME qui n’ont pas les moyens de fonctionner avec l’énergie électrique produite à base du gaz, devront explorer la solution de la Biomasse qui consiste à produire de l’électricité à base de ses propres déchets industriels conservés ou alors par cogénération.

Le choix  des entreprises d’opter  pour le gaz industriel se justifie par le déficit énergétique   qui selon observateurs, mettra  au moins deux décennies soit environ 15 à 20 ans pour être résolu, et  parce que le gaz naturel produit à Logbaba-Douala par Rodéo Development est brulé pour produire de la chaleur laquelle peut être orientée vers deux usages principaux : La satisfaction  des besoins des entreprises en chauffage industriel (fours, chaudières et autres pompes à chaleur) autrefois assurée par une alimentation électrique traditionnelle ainsi que la production d’électricité par des centrales thermiques appartenant en propre à ces entreprises et consommant ce gaz.

Consultant en génie électrique, Zengue Akamba ajoute que « les entreprises se sont tournées vers cette solution pour des raisons probablement économiques, intégrant à la fois le prix d’achat du kWh résultant de l’utilisation du gaz naturel à la place de l’électricité vendue par le distributeur historique et la qualité de service qui suppose une régularité plus grande dans la fourniture du combustible ».

Malgré cet enthousiasme prononcé, le gaz naturel  tout seul ne saurait se substituer à l’énergie électrique produite par Eneo Cameroon.  Au contraire,  c’est sa combustion dans les machines thermiques qui se transforme en électricité. Ceci est d’ailleurs d’après  les experts en énergie, valable aussi bien pour  le concessionnaire public  qui a installé il y a quelques années une centrale thermique fonctionnant au  gaz de 50 MW à Logbaba, que pour les industriels des parages qui, comme Eneo, se fournissent en gaz auprès du même  Rodeo Development, filiale de la firme britannique Victoria Oil and Gas (VOG). « Les entreprises peuvent avoir des capacités financières pour développer le processus de conversion; encore faudrait-il que leurs lieux d’implantation ne soient pas trop éloignés des centres de production du gaz naturel. Pour les ménages, il n’est pas pour le moment question de se déconnecter du réseau Eneo pour disposer de l’énergie électrique…. à moins d’être un auto-producteur », analyse Zengue Akamba.

 Christian Happi

Serge Henri Kelbe

« Nous recevons dans nos résidences de l’énergie produite à base du gaz »

 Le Consultant en économie d’énergie évoque la plus-value pour les entreprises à faire fonctionner leurs turbines grâce aux gaz industriels.

Pourquoi les entreprises camerounaises sollicitent davantage le gaz  Industriel comme solution alternative pour alimenter leurs usines de production ?

 

D’abord, il faut dire que l’utilisation du gaz n’est qu’un moyen comme tous les autres de production de l’électricité. Dans ce type de production le gaz est utilisé à la place de l’eau ou du fuel pour faire tourner les turbines génératrices d’électricité. Les entreprises  optent pour une solution alternative de production de l’électricité par le gaz tout simplement parce que face  au déficit énergétique actuel ; dans un environnement de concurrence et de mondialisation, elles doivent davantage produire fidéliser leurs clientèles et gagner des nouveaux marchés. Cela nécessite donc une présence permanente de l’électricité en quantité et en qualité, car l’électricité est après l’eau la matière première de notre espace environnementale. Il faudrait que nos industries comme nos ménages deviennent partiellement autonomes en matière de disponibilité énergétique. Je prendrai le cas de la Sonara qui  brule du gaz, mais elle peut récupérer une bonne partie de ces gaz et les faire passer par un système de turbine pour produire sa propre énergie environ 20 à 30% de ses besoins en énergie et devenir plus autonome. Des exemples comme cela je peux en citer plusieurs dans l’industrie et même dans le domestique.

 

Est-ce que la migration vers ce type d’énergie ne concourt pas  à augmenter le coût de production de ces sociétés ?

 

Pas  vraiment, car pour ce qui est du coût, dans un environnement de concurrence, il faut pouvoir maitriser ses coûts de production et s’arranger à ce qu’ils soient aux plus bas ; tenez par exemple, il y a de cela 10 ans, la grande majorité des compagnies de téléphoniques au Cameroun alimentaient leurs BTS (antennes) avec des groupes électrogènes en zone rurale, depuis le basculement vers les panneaux solaires photovoltaïque, nous assistons à une baisse importante de la tarification dans les télécoms. Parti de 250 FCFA en 2006 aujourd’hui vous appelez à 50 voire 30 F/ minute, cela est dû en grande partie par la migration vers un type d’énergie beaucoup plus souple et fiable.

 

Peut-on se retrouver à terme entrain d’utiliser le gaz industriel en lieu et place de l’énergie électrique  aussi bien dans les ménages que dans les entreprises ?

 

Effectivement le Cameroun produit déjà assez d’électricité à partir du gaz. Je rappelle que la centrale à gaz de Kribi produit déjà près de 281 MW avec la KPDC et cela dans une dynamique d’énergie mixte. Malheureusement 100% de cette énergie est entièrement rachetée par Eneo qui les injectes dans des lignes HT très vielles ce qui donne l’impression que rien n’est fait. Et donc, nous recevons déjà dans nos résidences de l’énergie produite à base du gaz.

 Propos recueillis par C.H.

 

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