Productivité

 

 Grosse inquiétude chez les patrons

 

 Les chefs d’entreprises, tout secteur d’activité confondu, craignent que la morosité économique au niveau national influence négativement leurs chiffres d’affaires à quatre mois de la fin d’année.

 

 Du primaire au tertiaire en passant par le secondaire, aucun secteur  d’activité n’est épargné par  le ralentissement  des activités économiques.  C’est du moins ce qu’affirment les chefs d’entreprises qui affichent leurs inquiétudes  à quelques mois de la fin de l'année civile.  Le premier à jeter un pavé dans la mare est le  Groupe Bellomar. La PME dont  son secteur d'activité est celui de la chimie industrielle ne se porte pas pour le mieux. Et ceci à cause de nombreuses ruptures de stocks des matières premières essentielles chez les fournisseurs importateurs habituels. Ce  qui entraîne une baisse de la capacité de production et aussi de la perte d'une partie de la clientèle. Cependant « nous ne sommes pas si inquiets car avec l'entrée en vigueur des APE, il serait possible de produire davantage à moindre coût car les matières premières provenant de l’Europe  sont nettement de meilleure qualité ce qui pourrait améliorer la qualité de nos produits aux standard internationaux », espère Martial Gervais Oden Bella, Administrateur-délégué.

 

Egalement au ralentie ces derniers mois, General plastic recup,  entreprise spécialisée  entre autres dans la transformation du polychlorure de vinyle en  chaussures,   doit faire des mains et des pieds chaque fin de mois pour payer les salaires des employés. Une difficulté liée au nombre important de marchandises invendues et stockées au magasin  ainsi qu'à la morosité  des affaires à quelques jours de la rentrée scolaire 2016/2017.  Pis, en comparaison à l'année dernière, « j'avoue que j'avais plus d'attente vu que j'ai pu mettre un modèle sur le marché en prévision de la saison pluvieuse, malheureusement les choses sont très loin de mes attentes », confesse Blaise Talla Bogne, promoteur de la structure, avant  de reconnaitre que tous les mois d'août, c'est le même phénomène dans quasiment tous les secteurs d'activité, mais une fois la rentrée scolaire dépassé, les choses reprendront progressivement.

 

Peu connue du grand public, Emergence Travel & Services vit la même galère que les autres patrons.  Si  Doriane Ageboh sa promotrice  refuse de se torturer les méninges, elle reconnait tout de même  que  la vente des billets d'avion et autres services sont en bernes depuis plusieurs mois. Une dégringolade  qui, selon ses mots, est provoquée par les achats des billets en lignes, la multiplication des agences de voyage dans tous les coins de la rue.  Et même des jeunes  qui au lieu de payer leurs billets d’avions,   prennent le  risque  de rallier  l’hexagone en passant par des voies terrestres. Reste à  développer de nouvelles stratégies de ventes afin de payer au moins  le loyer et facture électricité.   A HNN Consulting, cabinet conseil, spécialisé dans les voyages d’affaires, l’atmosphère des affaires est morose d’une manière globale du fait du marche du coaching encore embryonnaire au Cameroun. Mais,  l’entreprise tirera sans doute son épingle grâce à une prospection en direct avec les clients, la création de notre nouveau bureau à Paris.

 

Autohaus S.A. est un concessionnaire de l’automobile. Son statut de distributeur  « exclusif »  de la marque  Volkswagen au Cameroun,   ne  met à l’abri  des problèmes liés à l’entrepreneuriat au Cameroun avec les mauvaises habitudes de "non" paiement des clients.  Actuellement,  constate Dr. Christian Kouam P-DG de la société, les activités sont difficiles le climat des affaires n'est pas bon ; les clients n'honorent pas leurs échéances de paiement et le recouvrement est en train de devenir un grand service dans notre entreprise avec la mise a contribution des juristes. Mais je ne suis pas pour autant pessimiste. Le pays a un grand potentiel.

 

Christian Happi

Jules Simplice  Kembou

 

« Le poumon économique du pays est asphyxié sur le plan de la mobilité »

 

 

 

 L’Ingénieur-Statisticien  du Gicam   dresse les conséquences de la morosité  sur l’activité économique nationale tout en revenant sur ses causes. 

 Jules Simplice Kembou; Economiste au Gicam( Christian Happi)

Jules Simplice Kembou; Economiste au Gicam( Christian Happi)

Les chefs d'entreprises pour la plupart ont, à la veille de la rentrée scolaire, du mal à boucler les fins de mois. Qu'est ce qui selon vous explique cette situation?

 

Au premier trimestre 2016, plus de 31% des entreprises faisant partie de notre échantillon d’enquête de conjoncture anticipaient une dégradation de leur trésorerie par rapport au même trimestre de 2015. Parallèlement, cette même enquête a révélé une augmentation des délais de paiements des factures chez les entreprises. Mais plus globalement, notons que nous sortons d’une année 2015 et d’un début d’année 2016 marquée par un environnement international caractérisé par la chute des matières premières, une déception de la croissance dans les pays avancés tels que les Etats Unis et la France et par un ralentissement de l’activité en Chine, l’un des plus importants partenaires commerciaux du Cameroun.

 

Quelles peuvent  être les conséquences de cette morosité  sur l’activité économique nationale ?

 

Cette morosité économique au niveau international n’est pas sans conséquence sur l’activité économique nationale. Par ailleurs, sur le plan local, le poumon économique du pays est actuellement asphyxié sur le plan de la mobilité par les travaux d’aménagement des deux pénétrantes (Est et Ouest). En attendant que lesdits travaux permettent une meilleure circulation dans la capitale économique, l’activité est sans doute impactée par cette réduction de la mobilité et l’aggravation du phénomène des embouteillages. En outre, il n’a cessé d’être répété que le passage de 1,1% à 2.2% du chiffre d’affaires des entreprises au titre des prélèvements obligatoires mensuels constitue un véritable handicap pour la trésorerie des entreprises évoluant dans des secteurs réalisant certes de gros chiffres mais caractérisées la chétiveté des marges. Cette conjonction de faits économiques n’est de toute évidence pas sans neutralité sur la santé financière des entreprises.

 

 Y-a-t-il quand même des lueurs d’espoir ?

 

Heureusement, le marché international donne des signes plutôt positifs depuis la fin du premier trimestre 2016 avec la remontée quasi généralisée des cours de matières premières, et l’opinion des chefs d’entreprises sur toute l’année 2016 semble plutôt favorable à une meilleure performance qu’en 2015. Il reste à attendre de voir si cet optimisme se traduira par une meilleure croissance après consolidation des statistiques économiques en fin d’année car les pesanteurs au déploiement économique restent fortement présentes. Il s’agit notamment du déficit énergétique, de la concurrence déloyale induite par les activités du commerce illicite, de la difficulté à trouver des financements pour relancer l’activité, etc.

 Propos recueillis par C.H.

 

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