Télécommunication

 

L’influence de l’internet mobile sur l’activité économique

 

 Suite au lancement de la 3G/4G, plusieurs activités ont vu leurs chiffres d’affaires se réduire comme une peau de chagrin faute de clients.

 

L’arrivée de la technologie 3G/4G a, quoi qu’on dise,  changée les habitudes des populations camerounaises. Suite à son lancement en 2014, plusieurs promoteurs de cybercafé ont vu leurs chiffres d’affaires se réduire comme une peau de chagrin faute de clients. Gérant d’un cybercafé  dans un quartier périphérique de Douala,   Nathalie a perdu l’essentiel de sa clientèle : «   l’internet mobile nous rend la vie dure. Il n’y a pratiquement plus de clients.  Nous ne compte désormais que sur la vente des rames de papiers et les photocopies pour s’en sortir.  Nous étions trois personnes à gérer ce cybercafé maintenant  nous me sommes plus que deux ; mon patron  était obligé de séparer de  l’une des collègues », témoigne la dame.

 

Le témoignage  de Nathalie est révoltant mais ne reflète  hélas que la triste réalité de ces espaces jadis très sollicités. En fait plusieurs gérants des cybercafés de la capitale économique du Cameroun risquent de faire faillite s’ils ne se réinventent. En cause,  l’avènement de la 4G qui  amène les jeunes à  les délaisser pour naviguer sur Internet via les téléphones portables. C’est le cas d’Armel  qui n’a plus mis les pieds dans un cybercafé depuis deux ans. «   Aller dans un cybercafé pour surfer est devenue une perte de temps pour moi aujourd’hui.  J’y vais aujourd’hui juste pour émettre des appels à l’international. Je fais presque tout à partir de me Smartphone », dit-il.

 

 Les entreprises camerounaises vont devoir se réinventer si elles souhaitent sortir la tête de l'eau.

Les entreprises camerounaises vont devoir se réinventer si elles souhaitent sortir la tête de l'eau.

Comme signe  d’une nouvelle ère,  les Camerounais sont beaucoup plus présents sur les réseaux sociaux que par le passé. Même s’ils  n’existent   pas de chiffres officiels pour appuyer cette thèse,  certaines personnes interrogées  reconnaissent n’avoir découvert Twitter, WhatsApp, Facebook et autres que récemment.   Grâce auxquels ils peuvent  profiter de nouveaux services tels que la vidéo à la demande, la musique en streaming ou des jeux en réseau.

 Cet engouement est à mettre à l’actif  des opérateurs de téléphonie mobile qui, afin d’inciter de nouveaux clients à sauter le pas, ont tous  démocratisé l’accès aux  téléphones Androïde.  On a par exemple le « S620 » est depuis  quelque temps vendu  à 14 900 FCFA et non plus 24 900 FCFA. Pareil pour  le N6201  dont le prix de vente  a baissé de 50%  soit de  11 900 FCFA à 6 000 FCFA.

 De même, dans les  boutiques d’Akwa ou bien au lieu-dit « Ancien 3è »,  les téléphones dits intelligents  dominent les ventes de mobiles. Les commerçants se frottent les doigts  tout en espérant que cette embellie dure le plus longtemps. «   Nous  sommes dans une bonne période ; on espère juste que cela va se poursuivre », reconnait Félicitée D. tenancière.  L’autre preuve de cette bonne santé  c’est MTN Cameroon qui d’après Josiane Nounemo, chef d’agence passe   régulièrement des commandes pour ne pas être en rupture de stock.

 S’agissant du e-commerce,  le lancement de la 4G/LTE a accéléré   son déploiement.  Les acheteurs  disposent  désormais d’outils performants (Smartphone,  tablette…)  et d’une connexion de bonne qualité pour non seulement faire  leurs courses sans se déplacer sur internet mais également comparer  les prix.  Du côté des start-up c’est aussi le grand branle bas avec  notamment «  I-Djangui » qui permet de gérer  les tontines en ligne,  « Tika » application  pour réserver des tickets de bus via Mobile Money   qui ont vu le jour.

 

Christian Happi

 

Candace Nkoth Bisseck

 

 

« L’internet mobile  n’entrainera pas la disparition des cybercafés »

 

 La  professionnelle du e-commerce donne son avis sur les changements qu’apportés le déploiement de 3G/4G au Cameroun.

 

 La  4G est-elle selon vous une réalité au Cameroun au-delà plaintes qui demeurent sur la qualité de la connexion internet ?

 

Je pense que la 4G est une réalité au Cameroun. J'ai eu la chance d'expérimenter la qualité de cette nouvelle technologie et j’ai été agréablement surprise. Malheureusement, il faut avouer que la stabilité de la connexion n'est plus ce qu'elle était au lancement de ces offres. Elle peut-être due au  nombre croissant d'abonnés, les aléas climatiques et/ou techniques ; les choses ne sont pas parfaites mais ne doivent pas empêcher de s'ouvrir au progrès!

 

Est ce que  l’arrivée de cette technologie a boosté les différentes activités ayant trait aux TIC ?

 

Oui absolument. Dans un pays avec un taux de pénétration du mobile aussi élevé que le nôtre, la démocratisation de l'internet mobile aura au moins deux effets positifs majeurs. La 3G/4G va tout d'abord permettre une réduction plus rapide de la fracture numérique et faciliter l'alphabétisation numérique des populations, et elle va permettre d'autre part de booster le développement de l'économie numérique. A titre d'illustration des plateformes comme Jumia Market permettent ainsi aux Camerounais ne possédant pas d'ordinateur ou de magasin de vendre et acheter  grâce à la 3G/4G, via une application et à un site mobile.  Et les exemples sont nombreux dans d'autres domaines d'activité.

 

Des secteurs d’activités comme celles des Cybercafés  ne sont-elles pas appelées à disparaitre avec le temps ?

 

Tout comme je ne pense pas que le commerce électronique provoquera la disparition des commerces physiques, je ne crois  non plus que l'internet mobile va entrainer la disparition des cybercafés. Je suis néanmoins persuadée que pour survivre et s'adapter à cette évolution du marché, le rôle et l'offre de services des cybercafés vont devoir évoluer avec le temps. Ceux qui sauront adapter leur offre de service à la nouvelle réalité camerounaise de l'accès à internet, avec des services adaptés continueront de prospérer.

 

 Propos recueillis par C.H.

 

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