Réseau électrique

 

65 000  poteaux bois à remplacer d’ici décembre

 

Cette projection, et bien d’autres mesures notamment, sécuriser les supports qui menacent la sécurité des personnes et des biens ont été prises le 20 juillet 2016 à Douala.

 

 

Energy of Cameroon(Eneo), le concessionnaire du service public d'électricité, dispose d’un parc d’1,2 million de poteaux bois  mais avec un taux de défectuosité d’environ 35%.  Pour enrayer ce niveau d’anomalie alarmant,  les responsables de la société  en partenariat avec les pouvoirs publics ont pris un certain nombre de mesures. De manière concrète, la filiale camerounaise du fonds britannique ACTIS travaille sur plusieurs axes  notamment  l’accélération du remplacement des poteaux pourris. Environ 65 000 seront remplacés et réparés  d’ici la fin de cette année, et 80 000 par an partir de 2017. Eneo  compte par ailleurs  répertorier  et sécuriser les poteaux bois  sont une menace pour la continuité du service électrique et la sécurité des personnes et des biens. Le but étant de maitriser  la situation d’ici cinq ans. « Avec les stratégies que nous sommes entrain de mettre en place et les projections,  on pense arriver à moins de 20% de poteaux pourris d’ici  5 ans. Le vrai problème aujourd’hui c’est la qualité du poteau bois qu’on met sur le réseau. Si ce défi est relevé  on aura maitrisé la situation », a confié Michel Tsafack Metangmo, conseiller  technique direction réseau de distribution Eneo. C’était le 20 juillet 2016 à Douala à l’issue  d’une journée consacrée aux poteaux bois organisée par le concessionnaire d’électricité.

 

 Autres pistes explorées  par les acteurs du secteur c’est  la réintroduction des supports  composites, poteaux en matière plastiques dans des zones marécageuses et des poteaux bétons entre autres sur  les réseaux  de distribution   avec l’aide des partenaires. Il n’est pas donc question de mettre fin à l’utilisation des poteaux bois en plus c’est le seul produit d’origine local qu’on utilise pour  la construction du réseau électrique. « Pourquoi l’abandonner pour aller vers des produits importés ? Des poteaux de bonne qualité, on sait en  faire. La preuve certains poteaux de la première génération sont encore debout », relève Michel Tsafack Metangmo.

  Des techniciens remplaçant des poteaux bois.

Des techniciens remplaçant des poteaux bois.

 Eneo Cameroun   et n’est pas seule à analyser des forces et faiblesses du poteau bois. La Communauté urbaine de Douala (CUD), autre consommatrice de support principal des réseaux de distribution, l’utilise dans l’éclairage public. Elle entend réduire à la plus petite expression des échecs ou la rupture  de fourniture de l’énergie électrique suite aux accidents dus aux malfaçons  des poteaux bois. Mais comment ? En  s’assurant que l’opérateur qui entretient son réseau d’éclairage public  possède l’agrément d’Eneo, qui  a accès à son réseau et  son cahier de charge conforme aux exigences du concessionnaire. « Nous  sommes réactifs sur le terrain ;  lorsque nous rencontrons des poteaux  qui sont tombés, nous  le signalons au concessionnaire impliqué. Le délégué a par ailleurs mis en place  une cellule de négligence urbaine laquelle permet à chaque agent de la CUD  de signaler tout poteau déjà tordu », assure Jacques Moukouri, chargé  d’étude à la direction d’entretien  des infrastructures routières et de la mobilité à CUD. Et de préciser que  la communauté ne produit pas des poteaux bois mais passe plutôt par des appels d’offre pour en avoir.

Pour mémoire, Eneo a investi  l’an dernier, 23 milliards de FCFA dans le réseau de transport et  de distribution de l’énergie électrique. Elle a toujours en 2015, remplacé 26 602 poteaux contre 25 751 un an plus tôt soit une hausse de 851 poteaux changés.

 

 Christian Happi

Samuel Nyobe

 

« Le poteau  bois baisse le coût de l’électricité »

 

  Le Sous-directeur  en charge  des études  de la prospective et de la normalisation à l’Agence  de régulation du secteur de l’électricité dresse un état des lieux de l’utilisation des poteaux bois au Cameroun tout en donnant des avantages et faiblesses.

 

Quel bilan  tirer de la rencontre qui s'est tenue tout au long de cette journée sur la problématique des poteaux bois?

 

Cette journée arrive au moment adéquat d’autant plus que la  problématique du poteau bois est de plus en plus pressente. Nous sommes à peu près à 1,2 million poteaux  au Cameroun mais  avec 350 000 poteaux pourris selon les statistiques publiées en  2015 des responsables d’Eneo Cameroon.

Ce qui est quelque chose de costaud.   Vous convenez donc avec moi, que cette journée  est d’une grande importance. Elle permet qu’on puisse  tous ensemble regarder les étapes de production des  poteaux bois,  partant sa production  dans les plantations, jusqu’au moment  où ils terminent sa course dans nos cours quand ils ne peuvent plus être utilisés. Le poteau bois, comme support, est très bon. Il faut le reconnaitre. Dans certains pays comme aux Etats-Unis,   il peut pratiquement faire 50 ans  de vie après avoir subi un bon traitement grâce aux produits relativement moins cancérigènes.   Mon séjour dans les pays étrangers notamment à Beijing, Montréal, Etats-Unis, m’ont permis de constater que les poteaux bois sont fréquemment utilisés pour l’électrification. Ce n’est que chez nous que son utilisation pose problème.

 

 

 Qu’est ce peut justifier la faible  résistance des poteaux bois ; est ce que liée  au mauvais traitement ?

 

 La difficulté du poteau bois vient du fait qu’on n’utilise pas la bonne essence;  au Cameroun, l’essence qui est le plus employée pour fabriquer cette infrastructure est l’eucalyptus mais il y a des gens qui en fabriquent avec toute autre plante.  L’autre problème ce sont les fournisseurs qui utilisent  des  plantes qui ne sont pas atteintes  la maturité or, un poteau très jeune  ne peut pas mettre long dans le réseau quel que soit le traitement. La troisième chose,  c’est le traitement  que le poteau subit

à l’usine : Il y a des personnes qui  se permettent de prendre des huiles de vidange  pour badigeonner sur les poteaux et prétendent les traiter. Résultat, six mois plus tard les poteaux bois tombent avec  tout un investissement programmé. Certains producteurs de poteaux bois ne respectent pas la norme de mis en œuvre,  c'est-à-dire d’enfouissement au sol.  A titre d’exemple, lorsqu’un individu creuse 60 cm pour implanter un poteau au sol,  il ne doit pas surpris si celui-ci tombe le lendemain au premier coup de vent, même si la matière première est de bonne qualité. Voilà autant de chose qu’il fallait déplorer au cours de cette journée. Nous  ne pouvons donc que féliciter Eneo Cameroon  qui a eu l’idée  d’organiser une telle rencontre.

Que peut-on  faire  pour améliorer la durabilité et la résistance du poteau bois et garantir par la même occasion sa disponibilité à moyen et long terme ?

 

Je pense qu’il faut sortir un référentiel, c'est-à-dire  la norme des poteaux bois autour de laquelle tous les acteurs qui interviennent dans ce secteur devront s’entendre. Elle devra être  opposable à tous. Ce n’est  que sur cette base qu’on pourra assainir  le milieu. Il y a actuellement beaucoup  d’opérateurs qui œuvrent dans le traitement  dans ce principal  support des réseaux de distribution mais  les poteaux bois  qui sortent des usines sont non conformes. Or avec la norme, tout ce type d’agissements va disparaitre ; elle écartera les brebis galeuses à cause de son application obligatoire.

 

Quelle place a occupé le poteau bois ces dernières années dans l’accélération de l’électrification du pays ?

 

 

 Ne voyons pas seulement  l’accélération de l’électrification du pays ces dernières années.  Il faut aller plus loin. Le poteau bois  nous crée une bonne main d’œuvre en sortant beaucoup de jeunes du chômage ;  que ce soit  de la forêt où il est cultivé  jusqu’à son utilisation sur le terrain. Nous devons aussi noter que, de tous les poteaux que nous avons expérimentés jusqu’à présent, il est  le moins cher.  Dans l’électrification rurale par exemple,  il faut réduire les coûts ce qui ne peut se faire  qu’en cherchant du matériel qui  non seulement coûte le moins cher possible mais aussi efficace.

 

 Sur quelle base le contrôle de conformité des poteaux bois se fait sur le terrain ?

 

 

La réglementation,  lorsque vous regardez dans le  contrat que l’Etat du Cameroun a signé avec Aes sonel à l’époque,  stipule qu’à l’absence d’une réglementation locale,  la norme CEI (comité électrotechnique internationale) est utilisée.  Bien plus dans le cadre spécifique du poteau bois,  il  y a la norme UPDA n°1 destinée aux pays de l’Afrique. C’est sur elle  que l’on s’appuie pour faire des contrôles en plus  des autres textes réglementaires qui spécifient les produits entrant dans le traitement des poteaux bois. 

 

 

Quelles sont  différentes étapes que suit un poteau bois avant son utilisation  sur les réseaux électriques ?

 

 

Tout part du villageois qui   coupe le poteau bois lorsqu’il arrive à maturité ensuite,  l’amène au lieu de traitement. Avant d’entrer à l’usine, on fait une première sélection en prenant les mesures nécessaires (diamètre de la base, du haut, les longueurs, les épaisseurs… NDLR).  Cette étape est  capitale puisque ce ne sont que les poteaux bois qui respectent la réglementation en vigueur qui entrent en usine pour traitement. Pendant cette phase, il  y a  entre autres le séchage-le taux d’humidité  acceptable est d’environ 20%- puis on le met dans des produits,  avant de le dessèche sous vide.  Le poteau bois est ensuite  remis à l’extérieur de l’usine afin qu’il reprenne la température normale avant son exploitation sur les réseaux électriques.

 

 Est-ce que les coupures intempestives  de  l’énergie électrique sont dues à la chute des poteaux bois ?

 

En partie oui parce qu’un poteau bois  pourri fait tomber le réseau lequel isole  complètement les gens qui sont  en aval. Mais ce n’est pas la seule cause des délestages. Il y a le réseau lui-même en tant que consistance électrique  en termes de transformateurs, lignes électriques qui sont  parfois surchargés. Nous avons aussi le vandalisme sur le réseau bref il y a plusieurs paramètres à prendre en compte.  Ce sont eux qui font en sorte que parfois des populations se retrouvent dans le noir.

 

 Quelle différence y a-t-il entre un poteau bois et un poteau en métal ?

 

 La première différence c’est la matière première utilisée. Nous avons d’un côté le métal et de l’autre le bois. Les autres particularités sont que le poteau bois en termes de durée de vie peut aller   jusqu’à 25 ans en tenant compte du traitement actuel alors que le métal va à plus de 50 ans. La flexion du poteau bois est un peu moindre et son coefficient un peu plus bas par rapport à celui du métal ; retenons aussi que  les feux de brousse abîment plus facilement les poteaux bois contrairement au métallique qui est plus résistant…

 

Est-ce qu’il n’est donc pas temps de basculer entièrement du poteau bois au poteau métallique ?

 

Nous ne pouvons pas déconseiller l’exploitation de ni l’un ni l’autre. Le tout est dans un équilibre économique qu’on voudrait avoir ; le poteau  bois baisse le coût de l’électricité car  les populations payent moins cher quand elles se connectent au réseau ce qui n’est pas le cas avec le poteau métallique…

 

Entretien mené par C.H.

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