Industrie joaillerie

 

Le secteur promis à un avenir peu  brillant

 

 

Les bijoutiers camerounais ne vendent plus aujourd’hui comme autrefois du fait de la  crainte des clients de se faire voler.

 

Samchal Bijouterie. C’est ainsi que  Jean-Marie Tabi a voulu nommer sa boutique située au cœur d’Akwa à Douala.  Ici, il n’existe aucune précaution en matière de sécurité contrairement à ce qui se fait dans d’autres bijouteries. Les visiteurs n’ont pas besoin de montrer patte blanche pour observer de près les jolis joyaux exposés dans une vitrine : bracelets, colliers, bagues, montres et des bijoux  fabriqués en or ou en argent y sont étalés. Leurs  prix varient en fonction de la matière première. Une paire d’alliances en or coûte 180 000 FCFA, environ 100 000 FCFA  pour un bracelet fin fabriqué à partir de la même matière.  La gourmette  pour homme  confectionné toujours en or  en plus des autres matières vaut quant à elle 250 000 FCFA et 350 000 FCFA  si  le joyau  est entièrement fait en or.

  Quoi qu'il en soit le  travail se fait rare ce  mardi 26 avril 2016 malgré  la présence d’une cliente venue faire des réparations sur son collier.  L’artisan bijoutier  négocie tant bien que mal avant de  trancher. «  Ça fera 1500 FCFA et vous viendrez chercher d’ici 14h00 », négocie  Jean-Marie Tabi. Dans l’arrière boutique se cache un atelier exigu construit en matériaux provisoires.   L’employé  qui y travaille polisse minutieusement un métal précieux à l’aide des outils tels le laminoir,  les pinces et les ciseaux. Un travail qui, au fil des années, est devenu comme une habitude. Le maître bijoutier s’explique sur quelques techniques de bijoux comme le martelage, de la soudure et la technique du filigrane…   Son travail est très fastidieux d’autant que la réalisation  d’une paire d’alliance modèle simple peut prendre jusqu’à  quatre jours.

 L'activité bien qu'encore informelle est dominée par des étrangers. Jean-Marie Tabi est l’un des rares camerounais y à  évoluer  dans la capitale économique. La multitude de petits ateliers sont gérés par en majorité par des ressortissants de l’Afrique de l’Ouest particulièrement les Sénégalais et les Maliens. Chaque artisan, constate-t-on,  fait tout  presque seul. Il ne dépend  de personne ni d’aucune instance supérieure qui gère la profession. C’est le cas des bijouteries situées  de part et d’autres de la route du lieu-dit « Carrefour Idéal » au « Carrefour TIF » à Akwa.  Là bas,   les portes sont toujours verrouillées à double tour à cause des conditions de sécurités sont renforcées. Le visiteur doit sonner pour se faire ouvrir une première porte métallique ensuite une seconde qui donne sur le showroom. Les prix pratiqués dans ces différents joailleries  sont à peu près les-mêmes et varient en fonction de la matière première utilisée.

 A côté de ces bijoutiers viennent s’ajouter  des boutiques qui commercialisent les  bijoux fantaisie prêt-à-porter et accessoires. Aussi, observe-t-on,  des  PME spécialisées dans la conception et la vente des accessoires de mode en bois et en perles. C’est l’exemple de Sidonie Charlotte Ngamaleu, promotrice de l’Association noire ébène (ANE). Elle fabrique des  bijoux, sacs à main,  mallettes, barrettes, des tableaux à base  des arbustes naturels. Il en est de même pour  Jude Tony, artisan installé  au lieu-dit « Feu rouge Bessenguè », qui  fabrique et vend depuis cinq ans des bracelets  en bois à 500 FCFA,  des boucles d’oreilles,  des ceintures en noix de coco…

Christian Happi

 Difficultés

 Péril sur la formation

 

Il n’existe quasiment pas d’écoles de formation professionnelle dans ce domaine obligeant les jeunes à se former sur le tas.

 

Assurer l'avenir.  Voilà le principal défi à relever par le secteur de la bijouterie s'il veut se pérenniser au pays.   A la vérité,  il n’existe quasiment pas d’écoles de formation professionnelle dans ce domaine d’activité au Cameroun exceptée  quelques établissements publics dont le lycée technique de Bertoua où l’on forme depuis cette année scolaire, apprend-on.  A leur sortie, ils sont capables d'exécuter en totalité un bijou, en métal précieux ou non. Ils savent également transformer, réparer ou restaurer les pièces qui lui sont confiées.

 La conséquence de cette situation, c’est que le peu de jeunes qui souhaitent y faire carrière doivent se former sur les tas.  Ce qui n'est pas toujours évident. Le prix de la formation variant d’un formateur à un autre. Samchal Bijouterie, boutique située au cœur d’Akwa à Douala, déjà formé une quinzaine de jeunes en 30 ans d’existence. Autre difficulté c’est le manque de   regroupement syndical.  La plupart des bijoutiers évolue en solo malgré la présence de l’Association  des bijouteries de Douala(ABIDO) et l’Association des artisans bijoutiers et orpailleurs au Cameroun(Adaboc).  Leurs actions se font si rares sur le terrain. La dernière remontre  le 04 décembre 2007 lorsqu’elles avaient conjointement  organisé le séminaire de formation et de sensibilisation sur le thème : « Vulgarisation  du secteur de la bijouterie-joaillerie ».

 En plus de l’absence de syndicat et de formation appropriée,  les bijoutiers  manquent d’argent pour produire davantage  et ne vendent plus avant qu’autrefois. En cause,  l’indiscipline qui sévit dans le secteur et le manque de sécurité pour les gens qui achètent ces précieux métaux se faisant le plus souvent agresser dans les rues par des brigands. «  J’ai des bijoux en or chez moi mais je ne peux pas les porter par peur de me faire agresser dans la rue », témoigne  Mme Colette. «  Notre secteur se porte très mal aujourd’hui ;  c’est n’importe qui peut s’y lancer. Or  pour ouvrir un atelier par le passé, il fallait avoir une autorisation de la direction des mines, département du ministère des Mines, de l'industrie et du développement technologique », se souvient Jean-Marie Tabi. Selon lui, les matières premières  qui entrent  dans la confection  des bijoux viennent d’horizons divers. Il y  a d’un côté les gens qui viennent vers les bijoutiers  vendre leurs produits, d’autre part, ceux des artisans qui vont dans les villages s’en procurer. La conséquence c’est qu’il n’y a pas de prix officiel de l’or dans la mesure où chacun se débrouille pour se procurer sa matière première. Le prix de l’or monte ou descend selon la demande ou l’offre sans que tout ceci soit formalisé.

 C.H.

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