Ciment

 

Quand l’offre n’entraine pas la baisse

 

Le prix du sac de ciment CPJ 35  reste cher  malgré la présence   de quatre opérateurs sur le marché.

 

 

Le  Cameroun est l’un des pays africains où le sac de ciment coûte le plus cher malgré le boum immobilier et la présence de quatre opérateurs sur le marché : Cimencam, Ciment d’Afrique (Cimaf),  Dangote Cement et  Medcem Cameroun.  L’arrivée  récente des   trois dernières cimenteries n’a pas eu d’incidence notable sur le prix de ce produit bien que la filiale de Lafarge ait récemment baissé son prix   suites  à moult négociations avec le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana. Le sac de ciment CPJ 35 coûte désormais 4350 FCFA à Douala. Le consommateur camerounais continue donc à se plaindre et à éprouver tout le mal du monde pour se bâtir un toit.  Alain N. illustre parfaitement cette situation. Lui qui, depuis deux ans, n’arrive  pas à construire sa maison après avoir posé les fondations. «  J’ai du mal à réunir l’argent nécessaire pour poursuivre le chantier.  Les matériaux de construction sont trop chers particulièrement le ciment », confie-t-il. Alain N. n’est pas une exception.

 

Beaucoup de jeunes Camerounais voient leur volonté à s’offrir un logement  se heurter au prix du  sac de ciment sur le marché.  C’est le cas  de Wilfried Mbiami qui a vu sa maisonnette être envahie par les herbes faute de moyens financiers. «  Construire une maison n’a jamais été chose facile ; ce un rêve qui prend de temps à se matérialiser à cause de la cherté des matériaux de construction. Une bonne habitation nécessite une bonne fondation », affirme le jeune homme, tout en essayant de comprendre pourquoi  le coût du sac de ciment « stagne » dans un contexte concurrentiel.  

 Alors que les producteurs accusent les importations et les coûts de matériaux, main-d’œuvre, infrastructures comme raisons de la cherté,  Jean Emmanuel Mpouma, économiste indexe la constitution, sous l’œil bienveillant du gouvernement, d’un cartel  des producteurs au Cameroun qui s’entendent pour maintenir les prix à leur niveau actuel. Selon lui, l’objectif  de cette manœuvre serait d’engranger les énormes profits afin de garantir leurs investissements futurs pour réaliser l’extension de leurs unités de production. «  La situation du marché est actuellement caractérisée par une offre accrue de 100% (soit 2 fois la capacité initiale), par une interdiction des importations qui protège les producteurs, par une diminution des coûts de production, dans la mesure où cette industrie, forte consommatrice d’énergie doit bénéficier en ce moment de la baisse quasi-généralisée des cours des divers combustibles », analyse Jean Emmanuel Mpouma. Autant d’éléments qui auraient dû induire une baisse du prix du sac de ciment d’au moins 13% en le ramenant seulement à 4000 FCFA.

 

De l’autre côté, les cimenteries actuelles fonctionnent comme s’il y avait un accord tacite entre elles pour ne pas descendre en dessous d’un certain niveau de prix. Ce serait une forme d’accord sur le prix qui assure à tous un minimum de marges. Cela peut être comparé, « toutes proportions gardées au marché du pain où, quel que soit le nombre de boulangeries qui s’ajoutent, le prix reste inchangé, comme s’il était homologué », dit un autre économiste. N’empêche la demande reste plus forte que l’offre. Elle croit peut être de manière plus rapide que l’offre mise sur le marché par les différentes cimenteries. C’est ce déséquilibre qui pourrait selon les observateurs, expliquer que malgré les nouvelles cimenteries, le rapport entre l’offre et la demande actuels n’a pas encore atteint un nouveau prix d’équilibre à la baisse.

 Christian Happi

De nouvelles cimenteries attendues

 

Alors que le secteur de la cimenterie s’enrichit chaque jour de nouveaux investisseurs,  les producteurs déjà installés sur le sol  camerounais  se livre quant à eux une bataille  en béton. Aliko Dangote, comme preuve de cette concurrence, avait annoncé en juillet 2015 la construction de sa deuxième cimenterie au Cameroun. Le coût de l’investissement est évalué à  150 millions de dollars, soit 88, 7 milliards de FCFA, révélait l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique. La nouvelle cimenterie de Dangote Group,  d’une capacité de production annuelle de 1,5 million de tonnes, sera  implantée dans la banlieue de Yaoundé.  Les travaux de construction seront effectués par l’entreprise chinoise Sinoma. Le projet  vise à anticiper une nouvelle augmentation de la demande de ciments au Cameroun et en Afrique centrale. Du côté de la concurrence,  la nouvelle unité de production annoncée à Nomayos( près de Yaoundé)  par Cimencam reste attendue après la pose de la première  le 23 septembre 2011. Sa capacité  de production est comprise entre 600 000 et 700 000 tonnes l’an. Le Quotidien de l’Économie avait par ailleurs constaté  après d’être  rendu sur place en 2012, que les travaux prévus s’achever en 2014 n’avaient pas  beaucoup avancé.

Célestin Djamen

 

 « Le Mincommerce doit agir énergiquement »

 

 

Le Conseiller juridique de la Chambre nationale des consommateurs du Cameroun(Cnacoc) analyse le contexte dans lequel est commercialisé le ciment au pays.

 

 

Pourquoi est ce que  le prix du sac de ciment ne baisse véritablement  pas sur le marché malgré l'arrivée de nouveaux producteurs?

 

Le prix du sac de ciment est encore trop cher au Cameroun vous avez raison surtout lorsque l’on observe dans des pays comparables comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire que le sac de ciment s’achète à 4000 parfois 3000 CFA (cas du Sénégal). En principe l’extension du cercle des fournisseurs et donc de l’offre devrait pouvoir entrainer la baisse quasi automatique des prix, tous les économistes du monde entier le savent. Accuser les importateurs et les coûts des matériaux est trop facile car il y a quand même hausse de la production locale!

Les consommateurs  Camerounais peuvent-ils s'attendre à une baisse d'au moins 1000 FCFA au vu  du marché?

 

 On peut l’espérer et les attentes des consommateurs en sens sont parfaitement légitimes. La baisse peut d’ailleurs atteindre un niveau plus important puisqu’on annonce  l’arrivée d’autres opérateurs  étrangers en plus des Marocains, les Turcs notamment.

 

Les producteurs installés au Cameroun accusent les importations et les coûts  des matériaux comme étant à l'origine  de la cherté du ciment. Quel commentaire ?

 

Le même que ce que j’ai indiqué précédemment mais ici l’Etat à travers le Mincommerce devrait agir plus énergiquement pour faire toute la lumière sur cette affaire car n’oublions pas qu’au delà des charges perpétrées par les importations il y a également le coût des matières premières qui peut impacter le prix final.

 

On serait tenté de dire que les producteurs ont signé un accord tacite au regard des prix presque similaire. Qu'en dites-vous ?

 

Attention à l’abus de position dominante car malgré tout le plaidoyer des opérateurs de ciment au Cameroun, une entente n’est pas loin on l’a vu chez les opérateurs de téléphonie mobile par exemple.

 

 Propos recueillis par C.H.

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