Pénétrante Est de Douala
 

Les pas géants du chantier routier

 

Le taux de réalisation de cette infrastructure est de plus en plus flatteur, malgré le retour des pluies qui ralentissent un tout petit peu le déroulement des travaux.

 

Ce 02 juillet 2015. Les sites des travaux de la pénétrante Est de la ville de Douala affichent fière allure. Nous sommes ici dans l’un des projets de développement et de modernisation financés à coup de milliards par le Cameroun et ses partenaires internationaux. Le pays veut en effet moderniser ses infrastructures routières sur l’ensemble du triangle national. Dans la région du Littoral,  l’un des projets d’envergures  financé  conjointement par  l’Agence française de développement(AFD) et  l’Etat du camerounais  n’est nul autre que l’aménagement de l’entrée Est de la cité économique. Ici, les deux partenaires ont misé sur 50,59 milliards de FCFA TTC, soit 36,73 milliards de FCFA pour l’AFD, et 13,86 milliards de FCFA pour le Cameroun. Les travaux à exécuter  se déroulent sur un linéaire  de 19,200 km,  à partir  du lieu-dit « carrefour marché des  fleurs » jusqu’au pont sur la Dibamba (rivière située à la sortie Est de la ville de Douala NDLR).

Sur le tronçon n°2(du carrefour de l’aéroport  jusqu’au lieu-dit Boko Tradex) que nous visitons ce jeudi, les travaux de construction  du tronçon continuent de progresser dans les délais en vue d’un achèvement   à temps.  Selon  Ben Souissi Nejib, Chef de mission de contrôle de nationalité tunisienne,  le niveau d’avancement du chantier est à 40%.  Dans les faits, les travailleurs ont tous bravé la  pluie de ce matin pour répondre présents au chantier. Tous ont le pied à l’ouvrage et profitent de l’arrêt momentané des pluies pour  placer  quelques   séparateurs  doubles en béton  adhérent (DBA) sur la chaussée.  Ceux-ci,  explique   Florent  Medoua Bella,  expert routier,  sont  des dispositifs  en place et constitués  d’un muret en béton.  Leur profil  symétrique est 80 cm de  hauteur et 60 cm de largeur à la base pour un poids d’environ 700 kg.  «  Les DBA servent à isoler  la  voie principale  des voies de dessert », explique Florent  Medoua, ajoutant que la  feuille de route  du tronçon n° 2 prévoit  la réhabilitation  de la voie avec renforcement de la chaussée existante

Une trentaine d’ouvriers à l’œuvre

 

Au niveau du passage supérieur au Boulevard Nord-sud, sis au lieu-dit « non glacé »,  le changement physique de la zone est spectaculaire, depuis que les travaux ont pris de la vitesse.  Ici,  l’élargissement des  deux côtés de la route est perceptible. Sur le chantier, une barrière construite en matériaux provisoires protège l’infrastructure en cours de réalisation. Mieux, un vigile appartenant à une société de gardiennage de Douala    est posté à l’entrée principale pour identifier  les visiteurs.  Tout le monde se plie au même rituel. Une fois sur les lieux des travaux, on aperçoit une trentaine d’ouvriers vêtus en équipement de protection individuelle(EPI)  qui  s’activent. Soigneusement, et avec finesse, ils procèdent  au chainage du passage supérieur.  Leur abnégation démontre  qu’ils veulent  remplir leur part de contrat dans les délais. Mais les conditions n'en restent pas moins rudes. «  C’est un travail  qui éprouve physiquement et demande beaucoup de concentration », lance un manœuvre en poste.

Cela dit, la longueur et la largeur du passage supérieur sont respectivement de 108m et  10,70 m.  Une fois  mise en service, il permettra de fluidifier la circulation au niveau du giratoire.  Le coût des travaux  est évalué à  3,700 milliards de FCFA,  apprend-on  auprès d’un responsable  du chantier. A l’en croire,   l’avancement des  travaux  est de 60 % et vont être livrés d’ici février 2016. Pas loin du précédent site sis sur le Dindé.   Ce sont, en plus du pont déjà existant, deux ponts dont le chantier est supposé être terminé au plus tard en décembre 2015. Au regard du nombre d’employés qui s’y trouve l’on peut  imaginer, que la  fine pluie qui tombe sur la ville depuis le matin a impacté sur le déploiement des équipes. N’empêche, les ouvriers présents sur le terrain  s’en donnent à cœur joie à l’ouvrage.

Razel-bec au four et au moulin

 

 Bien plus,  du lieu-dit « carrefour  des fleurs »  à l’échangeur de l’aéroport, le renforcement de la chaussée est également palpable. Razel-bec, l’entreprise en charge  de la réalisation de l’ouvrage affirme que le taux d’avancement des travaux est de 100 %.  Il ne reste  qu’à finir la glissière centrale à bêton (garde-fou), observe-t-on. Le constat  fait sur le terrain indique aussi que des progrès remarquables sont faits au niveau des dalots (petit aqueduc en maçonnerie placé sous les remblais des routes).  Une vingtaine a déjà été placée sur la trentaine prévue au départ, soit  2/3 du taux d’exécution.

 Contrairement au tronçon n°2 qui avance tout doucement,  le tronçon n° 3 ne commencera qu’au mois d’octobre.   C’est la même  date pour le  tronçon n° 4(pont sur la Dibamba) dont  le cahier de charge prévoit  la réhabilitation et   le renforcement  de la chaussée existante.  D’après Eric Rouquié, Directeur des travaux Razel-Bec, entreprise en charge de la réalisation de l’ouvrage, l’on n’a rien à craindre à quelques mois de l’échéance. Surtout que ces deux derniers tronçons  ne dureront au maximum qu’un mois. «    Ces tronçons entrent dans la troisième phase  des travaux à effectuer sur la pénétrante Est », a-t-il rassuré. Outre  les chantiers cités plus haut, les éclairages publics,  signalisation verticale et horizontale, feux de signalisation,  les stations de bus avec abris et bancs ainsi que les aménagements paysagers ne débuteront  également  qu’en début d’année 2016. Soit cinq mois avant le délai contractuel.

 

Etalé sur 30 mois, le chantier de la pénétrante Est  affiche  des délais de consommation de 64,47 %, soit 19 mois et 11 jours. S’agissant  de la consommation financière et de l’avancement global des travaux, nous apprend Florent  Medoua, ils  se situent respectivement à 58,13% et près de 60%. Quelque 600 personnes travaillent sur les différents sites dont près de la moitié sont actuellement en chômage technique du fait de la saison des pluies.

 

Christian Happi

Difficultés

 

L’incivisme des populations retardent l'exécution des travaux

 

 

Ces dernières prennent souvent d'assaut les différents chantiers  pour écouler leurs marchandises ou garer leurs véhicules de façon anarchique.

 

 

 

Les travaux d’aménagement de l’entrée Est de la ville de Douala avancent normalement avec   des délais de consommation  qui affichent 64,47 %, soit 19 mois et 11 jours, affirment les responsables desdits chantiers. Cependant,  il  est tenu de relever quelques difficultés qui risquent de compromettre la date de livraison de ces infrastructures routières, prévue en mai 2016.  De fait,   Razel-Bec la société en charge de la réalisation de ce projet n’a de cesse de se plaindre de l’incivisme  des populations qui  envahissent les différents sites des travaux  pour écouler leurs marchandises. Ces  mêmes populations, apprend-on,  garent  également leurs véhicules de façon anarchique sur la chaussée, obligeant les agents de la communauté urbaine de Douala(CUD) d’y poser des sabots. «  Les populations nous obligent le plus souvent  à consulter les autorités  pour avoir l’appui des forces de l’ordre »,  confesse    Eric Rouquié, Directeur  des travaux Razel, rencontré  le jeudi 02 juillet 2015. A l’en croire,    à l’image du quartier Boko,  plusieurs  endroits devant réhabiliter sont devenus des garages de fortune.

Par ailleurs,   l’on se souvient, il y a quelques semaines,  que les travaux d’aménagement de l’entrée Est de la ville de Douala  avaient  été suspendus. En cause, certaines populations déguerpies étaient réinstallées sur le site. « On a dû arrêter les travaux le temps d’avoir la décision du préfet que ces populations ont saisi », expliquait à l’époque le responsable de Razel, au cours de la tenue de la 2ème session du comité de suivi de la mise en œuvre du plan de gestion environnementale et sociale, le 20 mars 2015 Douala.

Au même titre que les gros-porteurs tombent régulièrement en panne sur les différents espaces réservés  aux travaux,  LQE apprend qu’autrefois, les installations des sociétés Energy Cameroon(Eneo) et Camwater  freinaient  mise en place des engins. «  Nous avons posé le problème à la CUD qui a décidé  d’acheter des camions-remorqueurs pour dégager  les emprises  des gros-porteurs mal garés», confie   Florent Medoua Bella, mission de contrôle, non sans ajouter que  les autorités de la ville de Douala ont toujours répondu favorablement à leur appel.

  Cela dit, les difficultés  rencontrées sur le chantier de la pénétrante Est n’est pas uniquement dues à l’incivisme des populations riveraines. Elles sont aussi d’ordre naturel. En réalité, il est par moment arrivé que des grosses précipitations retardent  l’exécution des travaux ou empêchent le lancement d’autres.  En plus de ralentir l’avancée du travail,   précise Ben Souissi Nejib, chef  de mission de contrôle,  la saison pluvieuse  entraine également  la réduction  des effectifs qui sont passés de 600 à 300 personnes. En dépit de toutes ces difficultés, l’entreprise Razel entend respecter les délais de livraison pour le 20 mai 2016. Surtout que dans les délais contractuels   qui leur est prescrits, sont comprises les périodes de pluies. «        S’il n’y a pas d’augmentation substantielle sur  la nature des travaux à réaliser par exemple,  nous demander d’élargir davantage les tronçons 3 et 4 du fait de la construction d’un stade vers PK14, je pense qu’on tiendra dans les délais », conclut  Florent Medoua Bella.

Florent  Medoua Bella

 

 

 «  On tiendra dans les délais »

 

 

 Expert routier et par ailleurs  membre de la mission de contrôle fait le point sur l’aménagement de la pénétrante Est de Douala, tout en promettant qu’elle sera livrée dans les délais.

 

Quelle lecture faites-vous des travaux qui sont jusqu’à présents exécutés sur la pénétrante Est de Douala ?

 Sur le plan global je dirais que pour le moment, les travaux se déroulent normalement conformément  au planning contractuel  qui a été soumis et prescrit à l’entreprise Razel-Bec. En ce jour, tous les signaux sont au vert  malgré quelques arrêts dus  aux pluies qui s’abattent sur la ville Douala ;  Heureusement que  dans les délais contractuels prescrit à Razel, sont comprises les périodes de pluies.  Maintenant quant aux difficultés inhérentes aux populations, on les gère.

Croyez-vous pouvoir tenir dans les délais puisque  jusqu’à présent, les  travaux au niveau des tronçons n°3 et 4 n’ont pas commencé  et peut-on s’attendre  à un rallongement des délais au-delà de mai 2016 ?

Soyez rassurez il  n’y a aucune crainte à se faire  pour ce qui est des tronçons n°3 et 4. Il est clairement prescrit à l’entreprise  au démarrage des chantiers de soumettre à l’administration un planning, lequel donne le programme dans l’exécution  des différents travaux. On peut  donc observer  qu’au jour d’aujourd’hui,  Razel n’observe pratiquement pas de retard, ce qui laisse supposer que la programmation qui a été faite au départ pour la réhabilitation des tronçons 3 et 4 ne connaîtra pas de retard. Par contre, il est possible  que l’aménagement de la pénétrante Est  va au-delà de la date de livraison car  des situations peuvent provoquer un rallongement des délais. Notamment  une augmentation substantielle sur  la nature des travaux à réaliser à l’exemple  d’un nouvel élargissement  des tronçons 3 et 4,  du fait de la construction d’un stade vers PK14. En dépit de tous ces possibles contretemps et  si on conserve la structure actuelle du projet, je pense qu’on tiendra dans les délais.

L’incivisme des populations riveraines fait parties des difficultés qui entravent le bon déroulement des travaux ; Qu’est ce qui est entrain d’être fait pour éviter ce genre de débordement et ne pensez-vous pas qu’il fallait au préalable sensibiliser toutes ces personnes ?

 

 

Nous nous sommes rapprochés des autorités compétentes à  chaque fois que nous avons observé ce type de comportement ;  même s’il est vrai que leur réaction n’est pas instantanée, reconnaissons néanmoins qu’elles interviennent positivement lorsque nous les approchons. D’ailleurs, vous convenez avec moi qu’au jour d’aujourd’hui, tous les véhicules qui sont stationnés abusivement le  long du projet sont sabotés.  De même, les populations ayant envahi par exemple  les emprises du marché de Ndogpassi ont été déguerpies par les agents de CUD venus sur le terrain mener des actions énergétiques. Pour ce qui de la sensibilisation,  il faut dire  que celle-ci a été quand même faite puisque  des communiqués radios ont été diffusés sur les antennes de la CRTV.  Et puis,  les populations sont au fait  des travaux  évoluent au fil des mois.  Pour conclure,  nous savons tous que c’est difficile pour toutes ces personnes car nous interférons  dans leur activité quotidienne mais  comme  le dit vulgairement, on ne peut pas faire des omelettes sans casser les œufs.

 

On a connu des chantiers qui ont pris du retard dans la date de livraison à cause des grèves à répétition des ouvriers ; Qu’avez-vous fait pour éviter pareil déconvenue ?

 

Je vous assure que concernant notre projet, l’aspect social est encadré par l’administration. En clair, au niveau de la mission de contrôle en charge de ces travaux, il y a  un environnementaliste qui a la charge de contrôler  tout ce qui est salaires, congés, affiliation à la Caisse nationale de prévoyance sociale… Il a aussi la responsabilité de veiller à ce que  les employés de l’entreprise soient traités en conformité avec la réglementation en vigueur.   Il ressort d’ailleurs de l’audit  fait au courant de ce mois,  que  Razel-Bec respecte la réglementation en matière de travail au Cameroun.

 

Pour sortir de cet entretien, quelle sera la durée de vie de ces routes une fois terminées ?

 

Les études ont été faites pour que la structure de chaussée tienne au minimum 15 ans. Au-delà de cette durée,  il est évident qu’on  pourra commencer à faire des réfections. Si  entre temps, on observe des dégradations, cela signifierait qu’il  y a  eu des malfaçons.

 

Propos recueillis par C.H

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