Alors que les candidats à la location se font de plus en plus nombreux, les agents et promoteurs immobiliers en profitent pour dicter leurs lois.

Immobilier:Le mal-être des  locataires de Douala

Trouver une maison locative dans la ville de Douala relève d’un véritable parcours de combattant. Michelle Fotsi, institutrice de 30 ans en a fait la triste expérience. Elle recherche désespérément depuis deux mois un studio moderne à louer et les différentes maisons d’habitation visitées jusqu’à présent, ne répondent pas à ses exigences. « J’ai besoin d’une maison proche de la route et pas très loin de mon lieu de travail », sollicite Michelle Fotsi. De son côté Xavier fansé, résidant dans un studio deux pièces à New-Bell dans l’arrondissement de Douala 2ème, changer de cadre de vie est devenue compliqué. La preuve, les prix des appartements qu’il a inspectés à Akwa, puis à Bonamoussadi ne sont pas au niveau de sa bourse. « Les maisons sont très chères de ce côté-là ; Le bailleur m’a parlé de 200 000 FCFA le mois pour la dernière maison que j’ai visitée », révèle Xavier Fansé. Pareil pour Billy T., qui a du mal à repérer un logis dont l’emplacement et l’architecture seront à sa convenance, Toutefois, il ne s’impatiente pas car la recherche d’une maison à louer requiert beaucoup de persévérances. « L’empressement peut vous conduire dans un domicile qui ne répond pas à vos attentes ; ma sœur ainée en a fait la triste expérience l’année dernière », prévient Billy T.

Ceci dit, le mal-être à trouver un logement rapport qualité/prix oblige d’aucuns à confier leur dossier à un agent immobilier, lequel prend souvent le plaisir à faire visiter à ses clients des édifices ne concordant pas à leurs besoins. Conséquence, nombre de personnes ont tourné le dos à ces « démarcheurs » taxés de véreux. « Figurez-vous qu’à chaque déplacement, vous devez payer votre transport et celui du démarcheur sans oublier parfois des repas comment n’allez-vous pas vous retrouver entrain de dépenser une grosse somme d’argent », s’intérroge Willy T., révélant au passage la supercherie de ces agents. « L’un d’eux m’a pris inutilement de l’argent en me promettant une chambre que je n’ai jamais vu ». Pourtant, il est de notoriété publique que les intermédiaires maitrisent la ville, connaissent tous les bâtiments à louer, leur surface, leurs propriétaires, leur statut, et probablement leur prix de location. « Nous sommes loin d’être des malhonnêtes ; ce sont les clients qui ne savent pas ce qu’ils veulent », rétorque un démarcheur sous le sceau de l’anonymat. Comme lui, nombre des « démarcheurs » estiment que cette stratégie vise à avoir de quoi manger. Surtout qu’il y a des personnes qui ne respectent pas la parole donnée. « J’ai été plusieurs fois trompé par un client qui m’a demandé de lui trouver une maison. Une fois faite, il ne m’a plus versé mon pourcentage », indique Jean Pierre D., agent immobilier. Il relève qu’ils se rémunèrent sur une commission versée par le locataire et le propriétaire correspondant à un mois de location pour chaque partie.

Immobilier:Le mal-être des  locataires de Douala

Prix et conditions

En dépit des obstacles rencontrés, le candidat à la location finit toujours par trouver un logement à son goût, bien que la batterie de conditions brandit par les promoteurs de l’immeuble découragent. En effet, dans la crainte du surnombre, les bailleurs n’acceptent de loger dans leurs bâtiments que des personnes vivant seules ou des couples mariés avec un enfant. Bien plus, certains promoteurs immobiliers cherchent parfois à connaître les origines ethniques de leurs futurs locataires avant de leur accorder l’habitation. Une exigence dont les concernés n’apprécient guère. « J’ai été surprise quand mon bailleur m’a questionné sur le nom de mon village et le métier que j’exerce dans la vie », se souvient Clarisse K., locataire.

En matière des frais de location, l’on constate que leur instauration dépend de plusieurs facteurs, notamment de la zone géographique. Au quartier New-Bell par exemple, une chambre moderne coûte mensuellement 17 000 FCFA tandis qu’un studio moderne (une chambre, un salon et une douche NDLR) vaut entre 35 000 FCFA et 50 000 FCFA le mois. Soit plus cher que les prix pratiqués à Madagascar, Bépenda, Bilonguè, Soboum... Dans ces quartiers populeux comme dans plusieurs autres, les coûts du loyer varient entre 25 000 FCFA et 35 000 FCFA pour les studios modernes et 10 000 FCFA à 15 000 FCFA pour les chambres. Autre illustration, au lieu-dit Cité Cicam, la location d’une chambre moderne coûte entre 25 000 FCFA à 35 000 FCFA et celle d’un studio de même type est de 35 000 FCFA à 60 000 FCFA. Toutefois, les quartiers les plus convoités restent Akwa, Deido, Maképé…

Parallèlement aux exigences des bailleurs, les conditions locatives et la garantie constituent également des réalités auxquelles les futurs locataires doivent se frotter au moment de parapher le contrat de bail. De fait, les promoteurs immobiliers exigent généralement à l’endroit des locataires une avance locative allant de 3 mois à 1 an de loyer, ce qui paraît démesuré pour un homme aux faibles revenus. « J’ai du renoncer plus d’une fois à une maison qui me plaisait à cause de l’avance qui s’élevait à 480 000 FCFA l’an. Soit 40 000 FCFA le mois », se souvient Elvis Ngako, mécanicien. Le loueur doit en outre s’acquitter de la caution d’eau et celle de l’électricité fixée à taux forfaitaire et variable d’un bailleur à l’autre. Félicité F., paye, à tire d’exemple, 3 700 FCFA par mois pour l’eau et 4500 FCFA pour le courant électrique. Des montants auxquels s’ajoute une caution équivaut à un mois de loyer. « Cette caution est en principe remboursable ; or le bailleur a toujours un alibi pour la garder définitivement », constate Didier Teka, locataire.

Promesses non tenues

L’autre source d’angoisse chez le locataire est lorsqu’une fois trouvé un domicile, il se rend compte que toutes les promesses faites par le bailleur lors des pourparlers ne se réaliseront jamais. Martial D., vit dans une mini-cité au lieu-dit pont blanchisseur. Il rapporte que, cela fait deux ans que son bailleur lui avait promis de réparer le robinet de sa douche « Je n’attends plus rien de lui de ma bailleur; il viendra un jour où j’irai louer ailleurs », lance Martial D. D’après Alain Daffeu, un autre locataire, nombre de bailleurs ne tiennent pas à leurs paroles une fois le contrat paraphé : « nous sommes obligés d’aller puiser de l’eau chez les voisins alors que la bailleresse nous avait juré de construire un forage il ya un an », relève-t-il.

De même que des promoteurs immobiliers peu scrupuleux, emploient la force pour expulser leurs locataires de l’habitation quand ils accumulent des d’arriérés de loyer, d’autres font chargent les serrures de la porte pour faire partir le locataire. « Je ne peux pas investir des millions sur une maison pour qu’un individu s’amuse à ne pas me verser de l’argent », soutient un promoteur immobilier sous le sceau de l’anonymat. Comme lui, nombreux sont les bailleurs qui recourent à la force pour déloger un locataire. Claire T. explique que sa tactique consiste à menacer son locataire mais si cette méthode s’avère un échec, « je fais venir des gros bras qui vont l’intimider », reconnait-elle. Dans le même sens, certains bailleurs augmentent unilatéralement le loyer, prétextant que les matériaux de construction sont désormais plus coûteux. « Je payais cette chambrette autrefois à 10 000 FCFA le mois ; le prix a grimpé au fil du temps pour atteindre 18 000 FCFA », affirme un locataire.

Pour rappel, le gouvernement camerounais a fait construire à Mbanga-Bakoko(Douala) 1175 et 50 000 parcelles de terrain renfermant des logements sociaux. Les prix des T4, c’est-à-dire des maisons avec trois chambres coûtent 17 millions de FCFA alors que les cinq chambres (T5), s’élèvent à 21 millions de FCFA. Dans la même optique, un programme gouvernemental de 50 000 parcelles de terrains constructibles et de constitution des réserves foncières sont en cours de réalisation depuis 2014. Ce projet vise, à aménager des espaces dédiés à l’auto-construction dans les 10 chefs-lieux de région, les villes abritant des universités et 43 autres chefs-lieux de département. La phase pilote devrait en principe être exécutée par le Génie militaire pour les 296 parcelles d’Olembé, les 384 parcelles de Mbalngong à Yaoundé ainsi que les 424 parcelles de Bwang Bakoko à Douala.

Christian Happi

Réglementation

Peu d’agents immobiliers évoluent dans la légalité

La plupart des « démarcheurs » de Douala travaillent ne toute impunité ; sans cartes professionnelles et sans ni agréments.

A Douala comme dans les autres villes du Cameroun, l’exercice de la profession d'agent immobilier est subordonné à l'inscription au registre des agents immobiliers tenu par le ministère en charge de l'Habitat et à l'obtention d'une carte professionnelle délivrée par la même autorité, dixit l’article 6, (1) du chapitre I de la loi n° 2001/020 du 18 décembre 2001 portant organisation de la profession d'agent immobilier. En sus, poursuit le même article à son alinéa 2, « l'agent immobilier doit présenter des garanties financières suffisantes souscrites auprès d'une banque agréée par l'autorité monétaire et justifier d'une police d'assurance couvrant les risques professionnels ». Or, contrairement à ce qui est dit dans les textes, la plupart des agents immobiliers exercent à Douala le font dans la clandestinité. Ils occupent près de 95% du terrain, selon Ahmadou Sardouna alors délégué régional du ministère en charge de l’Habitat pour le Littoral. Il s’exprimait ainsi en 2012, lors d’une descente sur le terrain afin de saisir des ardoises et tableaux servant d’affiches pour les agents immobiliers «véreux».

Les agents immobiliers illégaux travaillent sans aucun signe distinctif. Ils n’ont ni de bureau fixe, ni enseigne pouvant informer les tiers sur leurs activités. Un petit tableau noir affiché à un carrefour ou cloué sur un poteau électrique leur suffit pour inscrire les caractéristiques des maisons disponibles, les numéros de leurs téléphones portables, etc. Le démarcheur a généralement pour mission de conduire, en fonction des goûts, les clients vers des maisons d’habitation avec en prime une contrepartie financière. « Le client doit me payer les frais de déplacement à chaque fois qu’on part visiter un domicile », soutient le surnommé « Kadhafi », argent immobilier. Selon lui, pour bénéficier de ses services, le client doit verser une somme comprise entre 5 000 FCFA et 10 000 FCFA. « Tout dépend du client que nous avons en face de nous ; s’il a l’air riche, nous pouvons lui demander jusqu’à 30 000 FCFA », révèle Angeline Moungoué, intermédiaire. Pourtant, d’après l’article 22 du chapitre III, relative à la rémunération de l’argent immobilier, celui-ci « ne peut recevoir aucune somme autre que celle à laquelle les parties se sont engagées ».

En plus de travailler dans l’illégalité, les démarcheurs ont des pratiques qui créent un climat de méfiance. Brigitte, 40 ans, à la recherche d’un appartement moderne à Akwa, a commis l’imprudence de confier son cas à un intermédiaire. « Un démarcheur m’a fait visiter pendant toute une journée pas moins de 10 maisons et à la fin, aucune ne correspondait à mes attentes », témoigne Brigitte. Idem pour Michel T., qui fait aussi partie des personnes victimes des agents immobiliers véreux. « L’expérience que j’ai des démarcheurs n’est pas bonne ; je me souviens avoir donné 5 000 FCFA à l’un d’eux qui ne m’a jamais trouver la maison que je désirais», raconte-t-il. Notons qu’en son chapitre II, la loi de 2001 sanctionne tous ceux qui exercent illégalement cette profession. « Est puni d'une amende de 100 000 à 1,5 million de FCFA et, en cas de récidive, d'une amende de 900 000 à 3 millions de FCFA et d'un emprisonnement de dix (10) jours à trois (3) ans, ou de l'une de ces deux peines seulement », écrit l’article 26(1).

C.H.

Immobilier:Le mal-être des  locataires de Douala

Aboubakar Ngalam

« Douala compte 17 agents immobiliers reconnus officiellement »

Le Délégué régional du ministère en charge de l’Habitat pour la région du Littoral analyse le secteur de l’immobilier au Cameroun et égraine les mesures prises jusqu’ici pour lutter contre les agents immobiliers clandestins.

Qu’est ce qui explique la prolifération des agents immobiliers clandestins dans nos villes et que fait le ministère en charge de l’Habitat et particulièrement votre délégation pour l’éradiquer?

Je pense que cette prolifération est liée au fait que cette activité est devenue un secteur économiquement porteur dans notre pays. Il incite beaucoup de personnes à s’y lancer et à exploiter tous les avantages qui s’y trouvent. Pour ce qui est de mettre hors d’état de nuire les agents immobiliers clandestins, il faut dire que la délégation régionale s’y intéresse depuis un certain temps. La preuve, il y a moins d’un mois, j’ai saisi le gouverneur de la région du Littoral pour avoir le quitus de réquisitionner la force de l’ordre afin de procéder au recensement et à l’éradication des agents immobiliers qui exercent illégalement sur le terrain. Celui-ci a répondu favorablement et a transmis une copie du dossier au préfet du Wouri lequel est la personne indiquée pour gérer ce type de sujet. De même que le ministère a mis en place un cadre réglementaire, il y a aussi la loi qui encadre la profession d’agent immobilier et celle qui régit la profession de promoteur immobilier sans oublier le décret d’application de ces différentes lois. L’Etat camerounais a, en outre depuis un certain moment, lancé l’opération de recensement pour veiller sur ce secteur, et partant protéger les consommateurs qui se retrouvent arnaqués tous les temps.

Comment se fait-il que malgré toutes ces panoplies de mesures, l’on continue de voir des agents qui exercent dans la clandestinité ?

Je vous l’ai dit. Ce secteur est économiquement porteur que ça soit pour des personnes qui l’exercent clandestinement ou pour celles qui y travaillent à toute légalité. Cependant, nous avons procédé l’année dernière, avec l’appui de la région une descente « musclée » sur le terrain. Celle-ci nous a permis d’enlever dans la plupart des artères de la ville de Douala, toutes les plaques qui jonchaient les poteaux électriques, les arbres... Nous avons répété la même opération avec l’appui des agents immobiliers agrées qui nous ont donné des orientations puisqu’ils maitrisent le terrain mieux que nous. Nous ne comptons pas en rester là ; d’autres descentes sur le terrain sont à prévoir. Il suffit par exemple pour la ville de Douala, d’opérer le premier de chaque début de mois pour limiter la présence des agents immobiliers illégaux.

Combien d’agents immobiliers agrées dénombre-t-on dans la région du Littoral ? Et quels sont les critères sur lesquels un promoteur doit se fonder pour fixer le prix du loyer ?

Je n’ai pas le répertoire des agents immobiliers en tête, mais sachez que pour la ville de Douala nous avons 17 agents immobiliers reconnus officiellement. Leur liste est renouvelée après chaque six mois par le ministère. Quant aux prix, l’agent immobilier est d’abord un expert de l’habitat, c’est dire que quand vous lui présentez votre logement, il doit être à même de faire son expertise pour voir quel est le prix à pratiquer. Les calculs doivent être clairs. C’est d’ailleurs, l’occasion pour moi d’inviter tous ceux qui cherchent un logement, de se rapprocher des agents immobiliers agrées même s’il est vrai que beaucoup d’entre eux travaillent en collaboration avec ceux qui fixent les tableaux dans nos rues.

Propos recueillis par C.H.

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