Distinctions: Que valent les classements des banques ?

En fonction des critères qui leurs sont propres, ces journaux publient chaque année le classement des meilleurs établissements de crédits.

A chaque fin d’année, les magazines de notoriété internationale classent, en fonction de leurs propres critères, les meilleures banques africaines. Ainsi, dans le cadre de ses « Banker awards 2014 », The Banker, le magazine bancaire du groupe Financial Times, avait élu Ecobank Cameroun la première banque du pays. Une distinction qui selon son auteur, se justifiait par la progression de 27% de la banque panafricaine en 2013, l’augmentation de 23 000 nouveaux clients. Mais aussi, de son rendement par action qui est passé de 13,1% à 31,7%. Bien plus, expliquait The Banker, cette performance était due à « une stratégie en trois axes : renforcer la satisfaction des consommateurs, créer un cadre favorable pour permettre aux employés d'exceller, et assurer des retours sur investissement aux actionnaires. Des améliorations dans les deux premiers axes ont permis de booster le troisième», précisait le magazine. Des performances auxquelles s’ajoutent l’augmentation de son réseau d’agences(33) et la mise en place d’un forum qui permet aux clients de pouvoir poser leurs problèmes.

The Banker n’est pas le seul magazine à décerner des prix aux établissements de crédits installés au Cameroun. En fin d’année dernière, l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique avait désigné Afriland First Group comme la « meilleure » banque camerounaise, soit le 2ème en Afrique centrale, derrière le groupe gabonais BGFI (Banque gabonaise et française internationale). Toujours dans le sillage des récompenses, la Société générale(SG) Cameroun avait été désignée le 04 décembre 2014, « meilleure banque au Cameroun » par le journal britannique Emea Finance. Une distinction que la direction générale de SG lie à l’excellence des résultats commerciaux et la politique « performante » et éthique en matière d’investissements financiers ainsi que l’envie de concourir au développement économique et social du Cameroun. « Nous avons tous mérité ce prix car nous mettons un point d’honneur au quotidien à améliorer constamment nos process internes, notre technologie afin d’offrir à nos clients le meilleur de notre banque », a rappelé Jean-Philippe Guillaume Administrateur-Directeur Général de SG-Cameroun, ajoutant que le prix Emea Finance est avant tout l’acharnement, la force et la vision qui sont reconnus et appréciés.

Christian Happi

David Kengne

« Ces banques mettent très peu de professionnalisme dans leur démarche»

Consultant spécialiste en banque et microfinance juge la démarche avec laquelle ces magazines établissent le classement des banques.

Que vous inspirent les différents classements des banques publiés dans les magazines internationaux?

De manière générale, les classements des banques publiés dans les différents magazines internationaux s’appuient sur des critères d’appréciation à la fois variés et discutables. Pour les uns, la meilleure banque est celle qui présente le total de bilan le plus élevé, pour d’autres, c’est le volume de dépôts collectés ou le nombre de clients en portefeuille. Pour ma part, si ces critères peuvent être défendables, il n’en demeure pas moins qu’ils puissent faire aussi l’objet de quelques réserves. En fait, une banque peut avoir le total de bilan le plus élevé avec quelques dizaines seulement de clients. La banque peut aussi avoir le total de bilan le plus élevé alors qu’elle ne respecte pas les normes prudentielles en matière de provisionnement des créances en souffrance. Enfin, on peut avoir le total de bilan le plus élevé alors que les fonds propres sont nuls. La banque ne gagne pas de l’argent. On en a vu précisément dans le secteur de la microfinance où un établissement de microfinance est classé parmi les Top 10 alors qu’il accumule des déficits d’années en années. Donc, il faut être prudent lorsqu’on aborde ces choses-là.

Quelle crédibilité peut-on accorder à ces classements qui ont des résultats contradictoires ?

Je ne dirais pas que les résultats de ces différents classements sont contradictoires car un magazine qui considère que la meilleure banque est celle qui présente le total de bilan le plus élevé n’aura pas forcément les mêmes résultats que le magazine qui a pris pour critère le nombre de clients en portefeuille ou le volume de dépôts/crédits collectés. Il revient aux lecteurs de pouvoir prendre du recul pour apporter une appréciation à chacun des classements qu’on lui présente. Pour ma part, je n’irai jamais chercher dans les classements produits par les différents magazines pour rentrer en relation d’affaires avec une banque.

D'après vous, quels sont les critères les plus objectifs pour classer les établissements de crédits ou les établissements de microfinance ?

A mon avis, il n’y a pas de critères qui fassent l’unanimité mais au moins, il faut trouver des critères qui prennent en compte de manière pondérée, les fonds propres (car c’est cet agrégat qui rassure l’Autorité de régulation et garantit la solvabilité de la banque…), le volume de crédit octroyé, la qualité du portefeuille de crédit et dans une certaine mesure le total du bilan et le nombre de guichets. C’est faisable. Je dois dire que ces banques mettent très peu de professionnalisme dans leur démarche et elles doivent améliorer leurs méthodologies si elles veulent que les décideurs accordent du crédit à ces différents classements.

Est que ces différents magazines ne peuvent pas s’associer pour établir un classement commun ?

En effet, ces magazines peuvent s’inspirer de la démarche des agences de notation internationales. La méthodologie adoptée par celles-ci est tellement outillée que si Standard en Poors donne à un pays une note équivalente à 8/10 pour parler en langage simple, les autres attribueront la même note ou au pire des cas avec une différence de 0,5 en plus ou en moins. C’est cela du professionnalisme. Je suis arrivé à la conclusion selon laquelle, ces classements produits par ces différents magazines sont des outils pour vendre leurs journaux et attirer le maximum d’insertions publicitaires. C’est aussi ça une autre façon de faire du business.

Propos recueillis par C.H.

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